GENEST.
Non, non, que contre moy vostre courroux esclatte,
Et s'il ne suffit pas pour vous vanger assez,
Joignez y l'Empereur & vos Dieux offencez,
Mais quand vous me traittez de traistre & de parjure,
Je ne sçaurois souffrir l'une ny l'autre injure,
Veu qu'icy malgré vous les cieux me sont tesmoins,
Que jamais mon amour ne les merita moins,
Il est vray qu'autrefois je meritois ce blame,
Quand pour flatter vos yeux je trahissois vostre ame,
Et portois vos esprits à des impressions,
Qui n'estoient en effect que des illusions,
Ouy, je vous trahissois, quand mon ame aveuglée,
Ne concevoit pour vous qu'une ardeur dereglée,
Et subornant mon coeur par d'injustes desirs,
Vous aymoit beaucoup moins que ses propres plaisirs,
Mais, Madame, aujourd'huy que ma flame est plus pure,
Que le feu n'est là haut au lieu de sa nature,
Qu'un veritable amour me porte à vous cherir,
Jusqu'à vouloir pour vous tout quitter & mourir;
Me pouvez vous sans tort appeller infidele,
Traistre, parjure, ingrat, inconstant, & rebelle?
PAMPHILIE.
Quels noms penses tu donc qu'on te doive donner,
Quand on te void tout fuir, & tout abandonner?
Quand pressé des vapeurs de ta melancolie,
Pour des illusions tu quittes Pamphilie?
Quand tu pers tout respect? quand tu changes de loy?
Quand tu trahis tes Dieux, & ton Prince, & ta foy?
GENEST.
Ha! que la trahison est innocente & belle!
Et la fidelité blamable & criminelle,
Quand leur effect regarde un Tyran, & des Dieux,
Qui n'ont rien que d'horrible & de pernicieux,
Qu'il est doux de sortir d'un joug si detestable,
Pour entrer soubs les loix d'un Monarque adorable
Qui tient dedans les Cieux son Palais & sa Cour;
Et qui n'est que douceur, que justice, & qu'amour.
Ha! si vous connoissiez, ma chere Pamphilie,
La nuit où vostre erreur vous tient ensevelie,
Et si par le secours de cét astre charmant,
Dont l'esclat m'a tiré de mon aveuglement,
Vous pouviez recevoir un rayon de la grace,
Qui met dedans mon coeur une si noble audace
Qu'au prix de vostre sort vous beniriez le mien,
Que vous estimeriez le bonheur d'un Chrestien?
Et que pour en porter les glorieuses marques,
Vous feriez peu d'estat de celles des Monarques.
C'est par ce beau moyen que je veux en ce jour,
Vous témoigner, Madame, un veritable amour,
Et vous faire advouer que je ne fus volage,
Qu'affin de vous cherir à present davantage,
Seigneur, si ta bonté daigne escouter mes voeux,
Accorde à Pamphilie.
PAMPHILIE.
Arreste malheureux,
Que veux tu demander?
GENEST.
Que sa bonté supréme,
Sauve l'autre moitié qui reste de moy-mesme,
Et souffre pour le moins qu'auparavant ma mort,
Je luy tende la main pour la mener au port.
Si j'obstiens dessus vous cette illustre victoire,
Que son heureux effect augmentera ma gloire!
Que mon sort sera doux, que je mouray content,
Si je puis achever ce dessein important,
Ne le differons point, escoutez moy Madame.