HONORIUS.

Quoy que vous me disiez, vous n'avez rien à craindre,
Et mon peuple aura peu de sujet de se plaindre,
Si le noble mespris que je faits des tresors
Me fait mesme aux vivans recompenser les morts.
Il me souvient amis, quel estoit ce grand homme,
Qui prodigua son sang pour le salut de Rome,
Quand le superbe Attale eut dessein de m'oster
Du Trône où son orgueil l'invitoit de monter:
C'estoit, vous le sçavez, le pere d'Olympie,
Il m'en laissa le soing quand il laissa la vie,
Et je l'ay du depuis eslevée en ma Cour
Avec beaucoup de zele & beaucoup plus d'amour,
Luy donnant un Espoux je luy tiens lieu de pere,
Et par cette raison un illustre douaire
Me doit envers la fille acquitter aujourd'huy
Du service important que j'ay receu de luy.

ARISTANDRE.

Seigneur.

HONORIUS.

C'est assez dit, il suffit Aristandre?
Qu'on ne m'en parle plus. Mais que viens-je d'entendre?
D'où procede ce bruit? Dieu? qu'est-ce que je vois?

SCENE III.

POLIDARQUE, HONORIUS, PHILOXENE, ARISTANDRE, SOSIMENE, & suitte.

POLIDARQUE.

Deux Rivaux, mais Subjets du plus juste des Rois,
Ouy vous voyez Seigneur, vous voyez, grand Monarque,
Philoxene à vos pieds, avecque Polidarque,
Tous deux plains de respect, tous deux victorieux,
Mais tous deux aujourd'huy l'un de l'autre envieux,
Nostre rang est égal, nos charges sont pareilles,
Et mes exploits, Seigneur, égalent ses merveilles:
Car si pour cet Estat il a bien combatu,
J'ay pour vous l'agrandir signalé ma vertu,
D'une pareille ardeur nous avons fait la guerre,
Son bras est une foudre, & le mien un tonnerre:
Un semblable succez a suivy nos combats,
Alaric est vaincu, Stilicon est à bas,
Et nous avons tous deux en cette concurrence,
Et les mesmes desirs, & la mesme esperance.
Tous deux sommes amis, & tous les deux Amans
Tous deux ont mesme coeur & mesmes sentimens,
Et tous deux, grand Monarque, attendent d'Olympie,
Et de vostre faveur, ou la mort, ou la vie.