En cet estat? Hé de grace, Madame,
Moderez ces transports qui bourellent vostre ame,
Remettez vous un peu, prenez ces vestemens.

OLYMPIE.

Ah cachez à mes yeux ces pompeux ornemens:
En un si pitoyable & si triste Hymenée,
Ils ont par trop d'esclat pour une infortunée;
Ensevelissez moy dans un habit de deuil,
Et pour lit nuptial qu'on m'apreste un cercueil:
Ostez moy ces tableaux, abatez ces balustres,
Ce faste ne sied bien qu'aux personnes illustres,
Que le ciel plus benin void d'un regard plus doux,
Et non pas aux objets qu'il regarde en couroux.
Mais que trouvé-je icy? Grand Dieu, c'est la figure
Du mortel plus charmant qui soit en la nature,
Mais helas, c'est aussi l'insensible tableau
De ce cruel Espoux qui m'envoye au tombeau:
Precieuse faveur? agreable relique,
Doux charme de mes maux, & mon espoir unique,
Beau portrait d'Alexis, dis moy cher imposteur,
Pourquoy dedans tes traits parois-tu si menteur!
Pourquoy soubz la douceur d'un si charmant visage
Caches-tu les rigueurs d'un esprit si sauvage?
Il est vray qu'en ce poinct mon doute est esclaircy,
Car je vois que son coeur ne paroist pas icy,
Et que de ce Captif pour qui je suis en peine
Il ne m'est rien resté que l'ombre & que la chaine.
Chers gages d'un Hymen que le ciel rigoureux
Ou devoit empescher, ou rendre plus heureux,
Agreables liens, belle & cruelle feinte,
Du vray bien dont la perte anime icy ma pleinte,
Tesmoins de mon amour comme de mes douleurs,
Prenez en mesme temps mes baisers & mes pleurs.
Helas, combien de fois quand la Troupe importune
De mille Amans pressez d'une flâme commune
Sollicitoient mon ame à leur donner ma foy,
Ay-je dit, Alexis tu seras seul à moy:
Mais de ce peu de mots, Espoux impitoyable!
Une partie est fausse, & l'autre est veritable,
Car en ton seul objet est mon souverain bien,
Mais, ô triste pensée! cruel, tu n'es pas mien.

SCENE IV.

LUCELLE, OLYMPIE, VIRGINIE.

LUCELLE.

Appaisez vous. Voicy…

OLYMPIE.

Qui? mon Espoux?

LUCELLE.