ACTE III.
SCENE PREMIERE.
OLYMPIE dans sa Chambre.
Arbitre des feux de mon ame,
Et de mes inclinations,
Toy qui vois tant de Nations
Sous ton Char éclatant de lumiere & de flâme:
Beau Principe de la clarté,
Grand Astre de qui la beauté
A des traits de l'objet que mon ame revere,
Soleil qui malgré moy nous redonnes le jour,
Confesse qu'il n'est rien d'égal à ma misere,
Et qu'il n'est point d'ardeur pareille à mon amour.
Tout me cherit, un Prince m'aime,
Un empereur m'offre ses voeux,
Je suis insensible à ses feux,
Et d'un oeil de mespris je vois son Diadéme;
En vain il me presse & me suit,
J'adore un ingrat qui me fuit,
Qui tout cruel qu'il est ne sçauroit me déplaire:
Bel Astre dont l'esclat nous redonne le jour,
Confesse donc que rien n'esgale ma misere,
Et que tout est de glace au prix de mon amour.
Alexis en quelle contrée
Fais tu reluire tes appas?
Amour adresses y mes pas,
Permets que ton flambeau m'en descouvre l'entrée;
Cher Espoux, encore une fois,
Souffre que j'entende ta voix,
Et qu'enfin ton bel oeil & m'enflâme & m'esclaire:
Et tu confesseras avec l'Astre du jour,
Qu'il n'est rien dessous l'un & sous l'autre Hemisphere
Qui puisse aucunement esgaler mon amour.
Ah qu'avecque raison je puis nommer cruelle,
L'injuste region qui chez toy te recelle,
Qui détruit mon bonheur pour establir le sien,
Et se rend aujourd'huy superbe de mon bien:
Si me voeux sont permis, que l'ombre soit maudite,
De qui premier ouvrit un passage à la fuite,
Qui sceut franchir les Monts, & qui premierement
Osa tenter les flots d'un perfide Element.
Autresfois lors que Rome estoit en sa naissance,
Et n'avoit pas si loin estendu sa puissance,
Le Tybre & sept Côtaux que l'on voit à l'entour,
Bornoient tous ses Estats, son Empire, & sa Cour.
La ville estoit à peine à soy mesme connue,
Sa curiosité ne passoit pas sa veue,
Et le Senat sans faste & sans ambition,
N'estoit point la terreur d'une autre Nation.
Pleût au Ciel, Alexis, que ce superbe Empire
Fust encore en l'estat que je viens de descrire,
Et que sans dominer tant de peuples divers,
Nos murs luy tinssent lieu de tout cet Univers.
Avec toy, cher Espoux, un petit toict de chaume
Me seroit plus aimable, & plus cher qu'un Royaume,
Et mon ambition borneroit son espoir
Au seul contentement de t'aimer & te voir.
Cruel, pourquoy fuis tu? que t'a fait ta patrie,
Où chacun te cherit avec idolatrie?
Que t'a fait ton Espouse, un Pere, & tes Parens,
Leurs trespas te sont-ils si forts indifferens?
Que sans estre touché de l'ennuy qui les presse,
Tu puisses consentir qu'ils meurent de tristesse?
Ah change de dessein, c'est par eux que tu vis,
Et c'est d'eux que tu tiens ce que tu leur ravis;
Ils t'ont donné le jour & l'esprit qui t'anime,
Ils ont dessus ta vie un pouvoir legitime;
Et quelques sentimens que tu puisses avoir,
Rien ne peut t'exempter d'un si juste devoir.
Reviens donc Alexis, contente leur envie,
À toute ta maison rends la joye & la vie,
Le repos à mon coeur, l'espoir à mon amour,
La lumiere à mes yeux, & le lustre à la Cour.
SCENE II.
HONORIUS, PHILOXENE, POLIDARQUE.
HONORIUS, surprenant Olympie.