On ne se trompe pas quand l'effect est si clair,
Mais vostre esprit se plait soy-mesme à s'aveugler,
Et croiroit témoigner un excez de foiblesse
S'il renonçoit si tost à l'erreur qui le blesse.
PHILOXENE.
Le temps vous apprendra…
OLYMPIE.
Qu'on se travaille en vain,
Si l'on croit que jamais je change de dessein.
PHILOXENE.
Serez vous donc injuste, & si peu raisonnable
Que de nous preferer un Rival si coupable,
Un Amant qui vous quitte, & qui vous fait mourir?
Quoy donc quand il vous hait, devez vous le cherir!
Et ne croyez vous pas commettre une injustice
Quand vos facilitez recompensent le vice?
Ah Madame, sortez de cet aveuglement,
Et ne souspirez plus pour un indigne Amant,
Accordez vos desirs aux desirs d'un Monarque:
Regardez Philoxene, ou voyez Polidarque,
Ils sont pour vous tous deux pleins d'ardeur & de foy,
Et la vostre en l'un d'eux peut obliger un Roy.
OLYMPIE.
Je sçay ce que je dois aux desirs d'un grand Prince
Au rang que vous tenez dedans cette Province;
Et je ne doute pas que par vos qualitez,
Vous ne puissiez ravir les plus rares beautez,
Mais malgré ce pouvoir & ce merite extreme
Je sçay que je me dois encor plus à moy-mesme,
Et que mon Alexis ayant receu ma foy,
Rien plus ne me sçauroit affranchir de sa loy;
Dés lors que je jouis du bien de la lumiere,
Mon ame à ses vertus se donna toute entiere:
Et vostre arrest, Seigneur, ne fit que confirmer
La resolution que j'avois de l'aimer.
Je l'ayme donc en fin, & mon amour est telle
Que mon coeur malgré luy la veut rendre eternelle
Pour donner un exemple à la posterité
De constance, d'honneur, & de fidelité.
S'il me cherit encor, une amour si durable
Le rendra quelque jour à mes voeux exorable:
Et s'il ne m'aime plus, en cette affection
Il trouvera sa peine, & sa punition;
Car les saintes ardeurs d'une si belle flâme
Luy mettent chaque jour mille regrets en l'ame,
Et ma fidelité luy fera ressentir
Les peines qu'aux grands coeurs donne le repentir.