Voy comme il me respond.
Dés long-temps je connois les ruses de ces rustres,
Ils font tout Gueux qu'ils sont les personnes illustres.
Ils vivent sans soucis, & dans leur lâcheté
Ils accusent le sort de leur calamité.
Penses-tu qu'il voudroit de meilleures fortunes?
Les plus belles croy moy luy seroient importunes,
Il auroit trop de peine, il faudroit trop de soing,
Il se trouve bien mieux à dormir dans ce coing,
Où dés lors qu'il s'esveille à son aise il rumine
Quand on luy portera des restes de cuisine.
Dis moy, n'est-il pas vray que c'est là ton soucy?
ALEXIS.
Amis, vous avez tort de me traittez ainsi;
Mais quoy que vous disiez, le ciel veut que j'endure
L'estrange nouveauté de vostre procedure,
Et je serois icy plus injuste que vous,
Si j'en ozois attendre un traittement plus doux.
Le blâme, les affronts, les coups & les malices
Sont ordinairement vos plus doux exercices,
Et desirer de vous le respect, ou la paix,
C'est souhaitter un bien que vous n'eustes jamais.
ARGAMOR.
De vray nous faisons tort à son rare merite.
LICAS.
Ô l'amy complaisant, ô le bon hypocrite!
Tu feints de le flatter, mais je voy dans tes yeux
Que malgré tes discours tu n'en juges pas mieux,
Depuis quand cette langue est-elle si discrette?
Tantost tu le traittois de fol, de faux Prophete,
Maintenant le voyant d'un esprit plus rassis
Tu feints de l'honnorer comme un autre Alexis;
Mais contemples le bien, il n'en a pas la mine,
Et je suis asseuré sans que je le devine,
Que si ce rustre avoit Olympie en ses bras,
Il ne seroit pas homme à quitter tant d'appas.
ALEXIS.
Il ne faut point juger de l'arbre par l'escorce.