Euphemien Senateur Romain & grand Ministre d'Estat de l'Empereur Honorius, n'ayant qu'un fils nommé Alexis, le veut arrester aupres de soy par le lien du mariage, & pour cet effet, demande à l'Empereur pour recompence de ses services qu'il vueille accorder à son fils Olympie, fille du General d'armée Olympias, qui mourant en la guerre contre le Roy Attale l'avoit recommandée à Honorius, lequel du depuis l'avoit fait eslever en sa Cour avec tant de soins que luy-mesme en estoit amoureux, mais comme il vit que cette belle & prudente fille avoit de l'aversion pour les grandeurs excessives & disproportionnées à sa naissance, s'estant rendue sage par le malheur d'Athenaïs, fille du Philosophe Leonce, qui apres avoir espousé ce grand Theodose, pere d'Honorius, en avoit esté repudiée; il la donna aux prieres d'Euphemien à son Alexis, qui n'ozant desobeir à son pere, la reçeut pour espouse, & luy donna la foy, mais sans consommer le mariage, la quitta le soir mesme qu'il l'eust espousée pour obeïr au commandement du Ciel qui luy ordonna de la laisser; Incontinent que l'Empereur l'eust donnée à Alexis, Philoxene & Polidarque tous deux Generaux d'Armées d'Honorius envoyez l'un contre Alaric Roy des Gots: & l'autre contre Stilicon, Vassal revolté de l'Empire, retournent victorieux, & apportent en mesme temps aux pieds de l'Empereur, l'un le Sceptre & la Couronne d'Alaric; & l'autre la teste de Stilicon & tous deux amis, Amans & Rivaux, demandent pour prix de leurs victoires cette mesme Olympie qu'Honorius venoit d'accorder à Alexis, de sorte que ne pouvant satisfaire à leurs desirs, il veut ceder à Polidarque le Sceptre qu'il a conquis, & veut faire place à Philoxene dans son Trône; ce qu'ils refusent genereusement par une humilité que leur prescrivoit leur devoir qui porte Honorius à leur prometre toute sorte de faveurs aux occasions qui se pourront presenter.
ST ALEXIS.
TRAGEDIE.
ACTE Ier.
SCENE PREMIERE.
HONORIUS, EUPHEMIEN, ALEXIS, SOSIMENE, ARISTANDRE, OLYMPIE, & suitte.
HONORIUS dans le Trône.
Demande, Euphemien, ouy demande, & de plus
N'apprehende de nous, ny froideur, ny refus:
Je sçay ce que tes soins ont fait pour cet Empire,
Je sçay que c'est par toy que mon peuple respire,
Et que par tes conseils & ta fidelité,
Rome est au plus haut poinct qu'elle ait jamais esté.
Fay toy-mesme ton prix, regne dans ses Provinces,
Fay toy, si tu le veux, des sujets de mes Princes,
Partage mes Grandeurs, prens le tiltre de Roy,
Ayant tout fait pour nous, je feray tout pour toy.
EUPHEMIEN.
Seigneur, quand un sujet vertueux & fidele
Sert son Prince & l'Estat avec beaucoup de zele,
Quelques nobles effets que son coeur fasse voir
Il ne fait qu'obeir aux loix de son devoir,
Et sa fidelité rencontre son salaire
Dans l'honneur qu'il reçoit, ayant l'heur de vous plaire.
Aussi quand je demande à vostre Majesté,
Je n'attends rien de moy, mais tout de sa bonté.
Ouy j'espere, Seigneur de vos mains liberales
Un bon-heur sans pareil, & des faveurs royales;
Mais ne presumez pas en cette occasion
Qu'un Sceptre soit l'objet de mon ambition,
Je donne à mes desirs de plus justes limites,
Et j'ajuste mes voeux à mon peu de merites.
Je demande… ah grand Prince! ozeray-je parler?