— Parce que… nous avons promis la paix au sultan.

— Mais c'est un païen, dit Boulba; Dieu et la sainte Écriture ordonnent de battre les païens.

— Nous n'en avons pas le droit. Si nous n'avions pas juré sur notre religion, peut-être serait-ce possible. Mais maintenant, non, c'est impossible.

— Comment, impossible! Voilà que tu dis que nous n'avons pas le droit; et moi j'ai deux fils, jeunes tous les deux, qui n'ont encore été ni l'un ni l'autre à la guerre. Et voilà que tu dis que nous n'avons pas le droit, et voilà que tu dis qu'il ne faut pas que les Zaporogues aillent à la guerre!

— Non, ça ne convient pas.

— Il faut donc que la force cosaque se perde inutilement; il faut donc qu'un homme périsse comme un chien sans avoir fait une bonne oeuvre, sans s'être rendu utile à son pays et à la chrétienté? Pourquoi donc vivons-nous? Pourquoi diable vivons-nous? Voyons, explique-moi cela. Tu es un homme sensé, ce nest pas pour rien qu'on t'a fait kochévoï. Dis-moi, pourquoi, pourquoi vivons- nous?

Le kochévoï fit attendre sa réponse. C'était un Cosaque obstiné.
Après s'être tu longtemps, il finit par dire:

— Et cependant, il n'y aura pas de guerre.

— Il n'y aura pas de guerre? demanda de nouveau Tarass.

— Non.