— Comment donc! il y en a beaucoup des nôtres: Itska, Rakhoum,
Khaïvalkh, l'intendant…

— Qu'ils périssent tous, les chiens! s'écria Tarass en colère. Que viens-tu me mettre sous le nez ta maudite race de juifs? je te parle de nos Zaporogues.

— Je n'ai pas vu nos Zaporogues; mais j'ai vu le seigneur Andry.

— Tu as vu Andry? dit Boulba. Eh bien! quoi? comment? où l'as-tu vu? dans une fosse, dans une prison, attaché, enchaîné?

— Qui aurait osé attacher le seigneur Andry? c'est à présent l'un des plus grands chevaliers. Je ne l'aurais presque pas reconnu. Les brassards sont en or, la ceinture est en or, il n'y a que de l'or sur lui. Il est tout étincelant d'or, comme quand au printemps le soleil reluit sur l'herbe. Et le vaïvode lui a donné son meilleur cheval; ce cheval seul coûte deux cents ducats.

Boulba resta stupéfait:

— Pourquoi donc a-t-il mis une armure qui ne lui appartient pas? Parce qu'elle était meilleure que la sienne; c'est pour cela qu'il l'a mise. Et maintenant il parcourt les rangs, et d'autres parcourent les rangs, et il enseigne, et on l'enseigne, comme s'il était le plus riche des seigneurs polonais.

— Qui donc le force à faire tout cela?

— Je ne dis pas qu'on l'ait forcé. Est-ce que le seigneur Tarass ne sait pas qu'il est passé dans l'autre parti par sa propre volonté?

— Qui a passé?