Lui-même repoussait les assaillants. Tarass multiplie son sabre; il distribue des cadeaux sur la tête de l'un et sur celle de l'autre; et, regardant toujours Ostap, il le voit luttant corps à corps avec huit ennemis à la fois.
— Ostap! Ostap! tiens ferme.
Mais, déjà, Ostap a le dessous; déjà, on lui a jeté un arkan autour de la gorge; déjà on saisit, déjà on garrotte Ostap.
— Aïe! Ostap, Ostap! criait Tarass en s'ouvrant un passage vers lui, et en hachant comme du chou tout ce qui les séparait; aïe! Ostap, Ostap!…
Mais, en ce moment, il fut frappé comme d'une lourde pierre; tout tournoya devant ses yeux. Un instant brillèrent, mêlées dans son regard, des lances, la fumée du canon, les étincelles de la mousqueterie et les branches d'arbres avec leurs feuilles. Il tomba sur la terre comme un chêne abattu, et un épais brouillard couvrit ses yeux.
CHAPITRE X
— Il paraît que j'ai longtemps dormi, dit Tarass en s'éveillant comme du pénible sommeil d'un homme ivre, et en s'efforçant de reconnaître les objets qui l'entouraient.
Une terrible faiblesse avait brisé ses membres. Il avait peine à distinguer les murs et les angles d'une chambre inconnue. Enfin il s'aperçut que Tovkatch était assis auprès de lui, et qu'il paraissait attentif à chacune de ses respirations.
— Oui, pensa Tovkatch; tu aurais bien pu t'endormir pour l'éternité.
Mais il ne dit rien, le menaça du doigt et lui fit signe de se taire.