«Les Rois! les Rois! Dieu vous conserve.
À l'entrée de votre souper
S'il y a quelque part de galette,
Je vous prie de nous la donner.
Puis nous accorderons nos voix
Bergers, bergerettes.
Puis nous accorderons nos voix,
Sur nos hautbois.»

L'enfant apporte alors aux pauvres la tranche de gâteau réservée en disant: «Voilà la part à Dieu.»

Mais cet usage ne se borne pas à la seule Normandie et à la seule Beauce; dans l'Angoumois, par exemple, on fait dans les campagnes la même cérémonie avec de légères variantes. Il est même probable que les habitants du littoral jusqu'à Bayonne, se livraient aussi autrefois à des danses nocturnes, remplacées depuis par le gâteau des rois. En fait de joie, les Aquitains et les Gascons ne le cèdent à peuple qui vive.»

Eh bien! nous aussi, Bretons fidèles aux vieilles coutumes, prenons part à la joie générale. Le gâteau est servi, la fève s'est révélée, trinquons ensemble: Le Roi boit.

Vive le Roi!

TREIZIÈME DEVOIR

LE CARÊME ET LE MERCREDI DES CENDRES

Parlerons-nous du carnaval? Non.

Les Quarante Heures qui commencent le dimanche gras pour finir le mardi soir auraient suffi pour le mettre en fuite: d'ailleurs, le carnaval, ce fringant cavalier, que jadis on nous représentait poudré d'or, habillé de soie, pimpant et souriant, ce carnaval dont les échos bruyants retentissaient dans presque toutes les villes de France est bien déchu de ses antiques splendeurs. Ses paillettes frétillantes et ses flonflons légers, ses grelots carillonnants et ses masques mystérieux, tout cela a fait à peu près son temps.

Nous avons encore les batailles de fleurs et de confettis, projectiles inoffensifs que la mode protège, mais nous n'avons plus comme nos pères la folie du plaisir—la lutte pour la vie a tué l'insouciance—de plus, nous sommes piqués de la tarentule politique et cette vilaine bête-là nous a joué et nous jouera bien des mauvais tours que l'aimable carnaval n'a jamais connus. Ajoutons à cela la fièvre de l'or et des jouissances, une maladie tout à fait fin de siècle qui ne nous ramènera pas à l'âge d'or, cette ère de bonheur n'a dû exister précisément que parce qu'on n'avait pas besoin d'or pour vivre heureux—et l'on comprendra pourquoi le caractère des Français, nés gais et spirituels, a fini par devenir morose.