Au jour des Rameaux, la procession se fait hors de l'église, qui reste fermée, pendant ce temps-là, pour figurer le Ciel, fermé à l'homme pécheur, jusqu'à la mort de Jésus-Christ. Avant de rentrer dans l'église, on s'arrête à la porte, pour chanter l'hymne Gloria laus, chant de joie en l'honneur de Jésus-Christ, à l'occasion de son entrée triomphante dans Jérusalem.
Cette hymne paraît avoir été composée pour la cérémonie de ce jour, par Théodulphe, évêque d'Orléans, au IXe siècle. L'histoire rapporte même que Louis le Débonnaire, assistant à la procession, à Angers, le dimanche des Rameaux, entendant chanter cette hymne, en fut si touché, qu'il fit mettre en liberté et rétablir dans son siège l'évêque d'Orléans, ayant encouru sa disgrâce. Chaque strophe de cette hymne est chantée, par des enfants ou par des clercs, en dedans de l'église, qui est, en ce moment surtout, la figure du Ciel, dont le péché nous a exclus; après chacune des strophes suivantes, la première est répétée, en dehors de l'église, par le clergé et par le peuple; figure de l'Église militante, qui semble vouloir mêler sa voix à celle de l'Église triomphante, pour chanter les louanges de Jésus-Christ, son Roi et son Sauveur.
Après le chant de cette hymne, le sous-diacre, et en plusieurs endroits le célébrant lui-même, frappe à la porte de l'église, avec le bâton de la croix, pour signifier que le Ciel, fermé aux hommes par le péché, leur a été ouvert par la croix et la mort de Jésus-Christ. C'est pour rendre cette allégorie plus sensible, que le célébrant, en frappant à la porte de l'église, chante en latin les paroles d'un Psaume exprimant le désir de voir la porte du temple s'ouvrir, pour laisser entrer le Roi de gloire. Après cette cérémonie, les portes de l'église s'ouvrent; et la procession rentre, en chantant une antienne contenant le récit de l'entrée triomphante de Jésus-Christ dans Jérusalem.
Le dimanche des Rameaux est donc l'un des plus solennels de l'année.
«Dites à la fille de Sion (c'est-à-dire à la ville de Jérusalem, dont la montagne de Sion fait partie—les Hébreux donnant souvent aux villes le nom de fille), dites-lui: voici votre Roi qui vient à vous, dans un esprit de douceur et de conciliation.»
Et la multitude prodigieuse, accourue à Jérusalem pour célébrer la fête de Pâques, sortit pour aller au-devant du divin Maître, l'accompagnant de ses hommages et de ses bénédictions. Les uns étendaient leurs vêtements sur son passage, les autres jonchaient de feuillages les rues qu'il devait parcourir pour se rendre au Temple. Ni Salomon, qui en fut le fondateur, ni les pontifes, qui y officiaient avec tant d'éclat, nul autre avant Jésus n'avait jamais reçu pareil honneur. Toute la foule, portant des palmes et des branches d'olivier à la main, criait: «Hosanna au fils de David; béni soit celui qui vient au nom du Seigneur.» Car Jésus-Christ avait accompli un miracle, dont les habitants de Jérusalem avaient été les témoins, et qui s'était répandu dans toute la Judée. Il avait ressuscité Lazare, cet homme mort et descendu au tombeau depuis quatre jours. Voilà le prodige que le peuple avait admiré et qui lui avait donné une si haute idée de la puissance du Christ. Ce n'étaient que transports de joie et acclamations de toutes parts, et personne, à cet instant n'aurait pu croire que, cinq jours après, ces chants d'allégresse se changeraient en cris de mort!
Voilà cependant bien le peuple, toujours le même, mobile, changeant, alors, comme aujourd'hui. Oui, un souffle suffit pour faire déborder la marée du flot populaire… et détourner son cours… les masses sans réflexion, sans raisonnement suivant l'impression du moment, s'élevant et s'abaissant avec la même facilité, se laissent entraîner presque à la même heure dans les directions les plus contraires.
Mais les prophéties faites depuis quatre mille ans devaient s'accomplir, et il fallait que le Fils de Dieu mourût pour racheter le monde.
Dans la primitive Église, le dimanche des Rameaux porta différents noms. On l'appela souvent le dimanche d'indulgence, à cause de la réconciliation solennelle des pénitents publics et le baptême des catéchumènes ayant lieu ce jour-là; actuellement il n'en a conservé que deux, qui sont le dimanche des Rameaux et celui de Pâques Fleuries «à cause des fleurs dont on faisait autrefois des bouquets qu'on portait sur de hautes tiges à la procession et que l'Église avait bénites avec les rameaux d'arbres.»
Pascha floridum, d'où les Espagnols ont donné le nom de Floride à cette contrée de l'Amérique, parce qu'ils l'avaient découverte le jour de Pâques Fleuries, l'an 1543.