À l'intérieur du stylobate une inscription nous apprend que là est le tombeau des royalistes et l'ossuaire des martyrs:

«Courageux défenseurs de l'autel et du Trône,
Ils tombèrent martyrs de leurs nobles efforts.
Quel Français pénétré des droits de la couronne
Ignore ce qu'il doit à ces illustres morts?»

Les fenêtres sont ornées de vitraux. La voûte est étoilée et fleurdelisée et porte au centre l'écusson de France.

Une porte de fer, dont le gardien sourd-muet tient toujours la clef, s'ouvre au pied du monument… Un caveau profond, immense, est là, renfermant pêle-mêle, des centaines de morts. On n'entrevoit cet ensemble lugubre qu'à la lueur vacillante d'une faible lanterne promenant autant d'ombre que de lumière. On se penche un instant dans le vide et cela fait frissonner. Ah! mon Dieu, quel horrible spectacle que cette montagne d'ossements blanchis!… Quel sujet d'épouvante et de méditation que cet amas de cendres et de poussière!… Quelle affreuse vision que celle des œuvres de la mort!… Ah! c'est assez!… Revenons à la chapelle et examinons les grandes plaques de marbre du monument où sont inscrits en lettres d'or tous les noms chers et glorieux qu'on a pu recueillir. Combien j'en retrouve de parents et d'amis de ma famille!… Oui, les voilà par centaines, les noms de ces preux dont le sacrifice fut une offrande et l'échafaud un autel; les noms de ces braves qui se battirent héroïquement jusqu'à la mort, dans cet abominable piège où les avaient attirés ennemis et amis, Français et Anglais. Traqués du côté du continent par les révolutionnaires, qui fermaient tous passages, de l'autre côté par la mer et les fils de la perfide Albion, qui sous prétexte de les secourir et de tirer sur les bleus, massacraient les blancs, toute fuite était impossible. Il fallait se rendre mais personne ne voulait être pris vivant! On se défendait en désespéré. Pour mettre fin à ce carnage, le général Hoche promit de faire grâce à ceux qui se rendraient…

Nous savons si l'on tint cette promesse et si le Comité du Salut Public ratifia cette parole! Aussi cette page sanglante du 27 juin 1795 ne peut-elle s'écrire qu'avec des larmes, puisque toutes les victimes échappées au combat furent plus tard conduites à la fusillade. Tous les malheurs comme toutes les gloires se résument dans le souvenir de Quiberon. Il y eut des faits monstrueux, des horreurs calculées, que la plume se refuserait de retracer, si l'histoire, juste et vengeresse, ne commandait la vérité, tout autant pour flétrir le mal que pour couronner le bien.

Un trait entre beaucoup. On nous l'a raconté sur les lieux mêmes; mais il a été rapporté aussi par Nettement, écrivain sincère et vrai, si jamais il en fut:

À la sortie de ce désastre sans précédent, le général L. M… (je tais son nom, quoiqu'on ne l'ait pas oublié) remarqua parmi ces émigrés, auxquels on avait promis la vie sauve s'ils se rendaient, un jeune homme plein de douceur, d'intelligence et de talent. Il dessinait parfaitement. Le général, qui avait besoin d'un bon crayon pour lever les plans du pays accidenté qu'il parcourait, l'attache à son état major. Pendant quinze jours, il l'a sans cesse près de lui pour ses travaux. Ce jeune homme dîne à sa table et fait la conquête de tous les officiers. Personne ne doute de sa liberté; la vie, d'ailleurs, on la lui doit. Le seizième jour, à la fin du dîner, le général qui a fini de lever ses plans, propose lui-même un toast à la santé du jeune artiste; on n'est pas encore sorti de table, lorsque deux soldats paraissent…

—C'est pour monsieur, dit le général, qui sourit en désignant l'émigré.

On le fait descendre, et là, dans la cour, sous les fenêtres de l'appartement où cet horrible général boit encore, on le fusille!…

On ne fusillait pas au-dessous de seize ans. Un jeune émigré les avait depuis quelques jours seulement.