Le Portugal a frappé un timbre à la gloire de Christophe Colomb; l'Espagne, à propos du troisième centenaire de Velasquez, reproduisit sur les siens les chefs-d'œuvre du maître. La Belgique, à l'occasion de la grande exposition d'Anvers, fit également un timbre.

Le portrait du Shah, que nous donnent les timbres de Perse, prouve qu'avec le Coran, comme avec le Ciel, il est des accommodements; on sait que la loi musulmane défend aux Croyants de faire représenter leur image.

Dans les États de l'Hindoustan et au Japon, les timbres ne portent que des inscriptions sur papier de couleur.

Cependant Mut-Suhito, l'empereur du Japon, lors de la célébration de ses noces d'argent avec l'impératrice Haruko, émit un timbre-poste spécial, valable seulement ce jour-là. Ces timbres peu nombreux puisqu'il n'y en eut qu'une seule émission ont une largeur de 3 centimètres 1/2. Leur valeur est de 2 et de 3 sen. Les uns sont rouges, les autres bleus. Au milieu, il y a le soleil, emblème de Louis XIV, entouré de l'exergue anglais: Impérial Wedding 25 anniversary (25e anniversaire des noces impériales.) À droite et à gauche du soleil se tiennent deux flamants, et en haut et en bas, on lit en anglais et en japonais les mots: Empire de Japon. Ces premiers timbres, lors de leur apparition en Europe, ont été, tout de suite, cotés très haut par les amateurs.

L'Égypte, elle-même avec son timbre au Sphinx et à la Pyramide, nous offre un pittoresque que la France n'a plus.

Nos colonies ont depuis quelques années sur leurs timbres une allégorie plus gracieuse que celle des timbres de la métropole: une femme, tenant un drapeau déployé, s'appuie sur l'écusson portant pour inscription la Valeur, tandis qu'on aperçoit un vaisseau filant à l'horizon.

Nous avons encore un autre timbre artistique, mais toujours pour nos colonies; c'est celui de la toute petite colonie d'Obock. Il représente au premier plan, un chameau monté par un indigène près duquel se trouve un autre indigène, armé d'un bouclier. Un troupeau de chameaux s'aperçoit à l'horizon.

Ce timbre pittoresque, destiné à affranchir les lettres pour les endroits périlleux, coûte 10, 25 et 50 francs.

En aucun pays, croyons-nous, le sens artistique ne produirait mieux que la France, dont les graveurs sont renommés.

Comme on vient de le voir, dans beaucoup de pays les timbres rappellent des faits importants de leur histoire. Il n'en est pas de même chez nous. L'État païen, que nous subissons, a préféré nous donner un Mercure ou une Minerve rococos qui n'ont rien de national.