Nous sommes allés à la serre, un peu dépeuplée en ce moment mais gardant encore la famille des plantes grasses et de superbes grappes de raisin. Puis nous avons pénétré dans l'intéressante demeure des volatiles auxquels mon oncle a jeté quelques poignées de grains; alors sont accourus, pigeons roucoulant, poules gloussant, poussins piaulant et le roi de la basse-cour un coq superbe lançant à pleins poumons dans les airs ses cocoricos prolongés. Mon oncle m'a donné le plaisir d'aller moi-même dénicher dans les nids les bons œufs frais, dont quelques-uns encore chauds. Nous n'avons fait qu'entrevoir les lapins en robes blanches et grises; à notre approche ces farouches quadrupèdes sont allés se blottir au fond de leur loge où ils ne formaient plus qu'un monceau de courtes queues et de longues oreilles.
Après ces différentes visites mon oncle nous a demandé si nous n'étions pas un peu fatigués de cette longue promenade à travers Kergonano et il a ajouté: «C'est ce qu'on est convenu d'appeler subir le propriétaire.»
—Mais non, mon oncle, nous sommes-nous écriés, tout ce que nous voyons nous intéresse beaucoup.
—Oui, a renchéri mon frère, d'un ton presque sentencieux. Mon oncle, nous voulons tout voir!
—Alors, suivez-moi, venez faire la connaissance de trois nouveaux élèves que j'entoure de soins… dans une caisse. Devinez si vous pouvez, je vous donne en cent, en mille, comme la spirituelle marquise.
—Sont-ce des oiseaux?
—Des lapins?
—Des écureuils?
—Vous n'y êtes pas.
—Ah! s'écrie Henri, ce sont des petits chiens!