Pauvre jeune prince! il dort maintenant du dernier sommeil à Windsor.

Dans cette petite chapelle, se sont fait entendre, tour à tour, les maîtres de l’éloquence sacrée.

L’abbé Combalot, le P. Milanta, le P. de Ravignan, l’abbé Deplace, le P. Félix, le P. Reculon, le P. Monsabré, le P. Didon, et d’autres encore.

Le consulat et l’ambassade de France y ont des bancs réservés.

Cette chapelle, tout en rappelant l’instabilité des choses de la terre, est pour les cœurs français, comme un reliquaire sacré du passé. Elle évoque les générations évanouies, les couronnes détachées du front royal, les empires disparus. Les trônes sont tombés, mais l’autel est resté debout!

La Religion demeure, avec ses sublimes espérances, et elle plane immortelle sur les ruines accumulées par les hommes et le temps.

JOURNAL DE SUZETTE

Madame est aux courses. La longue miss m’a procuré une matrone d'âge respectable, quarante-cinq ans (moi je lui accorde le demi-siècle), parlant bien l’anglais et pas mal le français. Fanny Smith, c’est son nom, consent à me piloter moyennant cinq francs par jour, les frais de voiture à ma charge, et la voilà déjà me traitant comme une dame. Je deviens sa maîtresse, c’est moi qui donnerai des ordres. Je vais trouver cela charmant, hein! Deux jours de commandement dans une absolue liberté.

J’ai commencé par Saint-Paul que je voulais voir plus en détail, car pendant les trois jours que Madame m’a fait rouler du matin au soir, je n’ai fait qu’entrevoir Londres. Les rues et monuments, tout cela apparaissait et disparaissait comme dans une lanterne magique.

L’église Saint-Paul est immense, c’est une masse imposante, grandiose, mais encaissée dans un cercle de maisons, elle ne fait aucun effet; il faudrait la contempler de loin et on est arrivé devant elle presqu’avant de l’avoir vue. Je pense qu’elle a bien cent cinquante mètres de long et les piliers de la nef n’ont pas moins de vingt à vingt-cinq mètres de tour. Elle peut contenir treize mille personnes à l’aise. L’intérieur est sévère et nu, j’y ai cependant remarqué quelques statues un peu décolletées pour un lieu de piété, même protestant. La statue de Wellington est, paraît-il, un marbre de grande valeur. Six bas-reliefs en marbre représentant des scènes de la Bible sont également fort beaux.