L’Angleterre est le pays du parlementarisme. L’Eglise anglicane est l’humble servante du Parlement, mais elle a aussi son Parlement à elle qu’on appelle «la Convocation». Chaque province ecclésiastique, celle de Cantorbery, aussi bien que celle d’York, a la sienne. La Convocation se composait autrefois de deux Chambres: la Haute, que formaient les évêques; la Basse, constituée par des doyens ou des archidiacres nommés par leurs confrères. L’archevêque est le président d’office de la première; les membres de la seconde élisent leur prolocutor.

Chose extraordinaire cependant, la Haute et la Basse Eglise sont toujours en guerre l’une contre l’autre, et toutes deux ne veulent pas qu’on les regarde comme Protestantes. Les membres de ces deux Eglises reconnaissent qu’Henry VIII et la Reine Elisabeth étaient des personnes indignes, sans foi et sans religion, ainsi qu’Olivier Cromwell et tous ceux qui persécutaient l’Eglise catholique et mettaient à mort ses fidèles.

Les Anglicans de la Haute Eglise ne donnent pas davantage raison aux Catholiques, qu’ils appellent Humanistes, pendant qu’eux-mêmes s’intitulent Catholiques. Ils se montrent très jaloux de ce titre, affirmant qu’ils sont les seuls qui aient le droit de se nommer Catholiques, puisque leur Religion est la même maintenant qu’elle était avant la Réformation, commencée par Luther, sous le Roi Henry VIII, et continuée sous sa fille Elisabeth. Donc, ils ne veulent pas admettre qu’ils soient Protestants, ni appliquer ce terme de Protestants aux Non-Conformistes. Ils déclarent que notre Religion est presque nouvelle, puisqu’il y a eu tant d’innovations depuis le règne d’Henry VIII. Il faut avouer que la Haute Eglise Anglicane ressemble beaucoup à la nôtre. Elle a tous les jours la messe, comme nous l’avons, mais dite en Anglais, d’une haute et intelligible voix. Les fidèles croient à la présence réelle de Jésus-Christ dans la communion. A la place des hosties, chacun en communiant reçoit un petit carré de mie de pain préparé d’avance. Il faut que le pain ait deux jours, et soit fait de farine très fine et très blanche; il est coupé par un instrument réservé pour cela dans la sacristie.

Le prêtre présente un de ces morceaux (qui ressemblent aux dés à jouer,) à chacun des communiants qui, agenouillé devant l’autel, le reçoit de sa main dans la sienne, entre l’index et le pouce, et le porte respectueusement à sa bouche. Ensuite le second prêtre arrive avec le calice qu’il offre à chaque communiant, et il le tient de telle sorte que le vin ne fait qu’effleurer la lèvre supérieure. Il essuie le calice chaque fois, comme chez nous on essuie les reliques qu’on offre à l’adoration des fidèles. Quant aux autres sectes, en dehors de l’Eglise anglicane, les détails de leur croyance seraient trop longs à énumérer ici. En général, les Anglicans les regardent comme nous autres, Catholiques, regardons les Protestants, c’est-à-dire hors de l’Eglise, et ils les nomment Dissenters, ce qui veut dire Non-Conformistes.

Les Dissenters reçoivent la communion le soir, tandis que les Anglicans la reçoivent à jeûn le matin. Les Dissenters la reçoivent assis, autour d’une grande table, rompant le pain et buvant le vin ensemble, en imitation, disent-ils, de J.-C. à la dernière Cène.

Les soi-disants Catholiques font abstinence tout le Carême et tous les vendredis de l’année, et plus sévèrement que nous.

Ils vont à confesse, et n’obtiennent l’absolution qu’après avoir fait d’autres Pénitences que des prières. Il faut qu’on se corrige de telle ou telle faute, ou en partie, avant de recevoir l’Absolution. Aussi prient-ils pour les morts, observant les fêtes des grands Saints, c’est-à-dire de ceux ou de celles dont on trouve les noms, soit dans l’Evangile, soit dans l’Ecriture Sainte, mais ils ne reconnaissent pas les saints de nos jours, tels que Marguerite-Marie, Jeanne d’Arc, et se moquent de la proposition de faire cannoniser Christophe Colomb, qu’ils disent n’avoir jamais été chrétien!

Les Anglicans récitent l'Ave Maria, Hail Mary, en anglais, font le signe de la croix et des génuflexions comme nous les faisons.

Aux fêtes de la Sainte Vierge, de Pâques, de l’Ascension, de Corpus Christi, de la Dédicace des Eglises, de Saint Michel, etc., il y a des processions magnifiques dans leurs églises, avec bannières et chants religieux. Elles se terminent comme dans le culte catholique par la bénédiction. Leurs autels ont le Christ et des cierges allumés comme les nôtres, ils ont aussi des statues de Saints dans leurs églises, le tout si beau, si propre, si soigné, qu’il faut bien l’admirer. Les membres de la Haute Eglise ont également des statues et des objets de piété dans leurs chambres à coucher.

Ils ne se gênent pas pour critiquer nos églises, et se disent très scandalisés de voir le manque de propreté qui règne chez les Romains, en tout ce qui sert à l’usage du bon Dieu, mais par-dessus tout ils blâment les chandeliers qui servent au public pour placer les cierges, et dont on voit couler la graisse. Les Anglicans (prêtres) ne se servent dans l’église que de cierges en cire, jamais de bougies comme on en met dans les nôtres. Si la paroisse est pauvre, on en brûle moins, mais tout est de première qualité, aussi le linge, les rochets des prêtres, les nappes d’autel, etc., sont d’une blancheur immaculée.