«Ce noble Germain vivait au neuvième siècle; il périt sous le fer de deux misérables, qui s’enfuirent à Zurich, poursuivis par les corbeaux familiers du cénobite; leurs clameurs les désignèrent à la justice, et les firent arrêter.

«Ce miracle et les hautes vertus du saint martyr sanctifièrent le désert d’Einsiedeln; la vénération des peuples s’y attacha.

«Ainsi fut fondé le sanctuaire de Notre-Dame-des-Ermites. Une pieuse et universelle croyance ajoute que le ciel présida à la consécration du sanctuaire; le Christ lui-même, la Vierge et les anges bénirent le lieu merveilleux. On entendit les harmonies célestes, et dès lors ce fut une tradition sacrée.»

A peu de distance du bourg, sur l’emplacement de la première cellule de saint Meinrad, la vue s’étend sur le lac de Zurich, dont les perspectives, d’abord riantes, se transforment, s’accentuent, et les glaciers éternels apparaissent dans leurs beautés dramatiques.»

Que de légendes religieuses, que de légendes naïves ont pris leur essor de ce lieu privilégié!

En voici une bien triste et qui reste à l’état de tradition consacrée dans une des familles les plus distinguées de la Suisse allemande.

«A la fin du siècle dernier, le comte et la comtesse de R... avaient leurs deux fils dans la garde suisse à Paris. Les nuages s’épaississaient, la tempête révolutionnaire grondait. Les échos, de plus en plus lugubres, n’arrivaient qu’à demi dans ce canton lointain, aucunes nouvelles précises n’étaient venues confirmer les anxiétés des parents. Le 10 août 1792, la mère éplorée vint confier sa peine à Notre-Dame-des-Ermites; elle priait devant l’autel, plus inquiète que de coutume, lorsqu’elle vit tout à coup ses deux fils, en uniforme, franchir sans bruit la porte du sanctuaire, une épée flamboyante à la main.

«La vision s’effaça à peine entrevue, ne laissant à sa place qu’une ombre lumineuse qui s’éteignit à son tour.

Peu de temps après, le comte de R... apprenait que, ce même jour, à cette même heure, ses deux fils, victimes du devoir et de l’honneur, avaient été massacrés en défendant Louis XVI.

Quelques parties de la Suisse, comme la belle et riante vallée de Schwitz nous présentent, en plein dix-neuvième siècle, des familles quasi primitives, ayant échappé jusqu’ici au progrès d’une civilisation vraiment effrénée par certains côtés. Ce n’est pas sans une très douce émotion que j’ai pénétré dans la pittoresque demeure d’une vieille famille de paysans, demeure qui a gardé le type bien connu des chalets suisses.