Xavier de Maistre s’est contenté de sa chambre pour y faire jadis des expéditions diurnes et nocturnes, demeurées célèbres, mais il fallait l’esprit du grand écrivain pour raconter sur place ce fantaisiste voyage. D’ailleurs, ce genre d’excursion ne peut s’entreprendre qu’une fois; ce n’est donc point autour mais hors de ma chambre et très loin d’elle que j’ai voyagé.
Les voyages ont cela d’agréable, qu’ils intéressent le lecteur en l’instruisant. La vérité reste supérieure à la fiction, si charmante qu’elle soit, et les récits vrais d’un beau voyage l’emporteront toujours sur n’importe quel roman.»
«Lisons, mais lisons de bons livres. Aujourd’hui ce n’est pas seulement le goût littéraire, c’est bien plus encore, c’est le sens moral qui est en péril.»
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SOUVENIRS DE VOYAGE
de Novembre 1870 à Juillet 1871.
A Mme Zoé Talbot, née Allenon de Grandchamp.
CHAPITRE I
Départ pour la Suisse
Je quitte Vannes demain, 3 novembre, avec ma petite Georgette, je vais passer quelques jours dans ma famille. Je vais lui dire adieu avant de la quitter. Je pars effrayée du présent, inquiète de l’avenir! Reverrai-je ce petit coin de terre où j’ai vécu longtemps déjà? Reverrai-je mes parents, mes amis, ma maison, le sweet home, avec tous ses objets intimes et familiers qui vous font retrouver la vie vécue, où vous apercevez accrochés dans tous les coins vos plus chers souvenirs, tristes ou gais? Telles sont les pensées mélancoliques qui se mêlent aux apprêts du départ.
Saint Jérôme n’a-t-il pas dit: «La douleur qu’on éprouve en quittant ses amis est proportionnée à l’amour qu’on leur porte. Tantus dolor in amittente quantus amor in possidente.»