On remarque à Bruges le Palais épiscopal, l’ancien palais de Philippe-le-Bon, duc de Bourgogne, actuellement Palais de Justice, les halles, dont la tour possède le plus beau carillon de toute l’Europe, et l’église Notre-Dame, où se trouve le tombeau de Charles-le-Téméraire.

Le peintre J. Van Eych est souvent appelé Jean de Bruges, parce qu’il se fixa dans cette ville.

Quant aux dentelles de Bruges, que j’entendais vanter dans mon enfance, il paraît qu’elles se fabriquent dans les béguinages de Gand et non à Bruges, qui a cependant son béguinage.

En France nous ne connaissons pas le béguinage. En Belgique il est très florissant. Le béguinage n’est point un ordre, tant s’en faut ni une congrégation, puisqu’on n’y prononce point de vœux, c’est une sorte de confrérie. Autrefois on donnait ce nom à des filles ou veuves, qui, sans faire de vœux, se réunissaient pour vivre dans la dévotion. Cette sorte de communauté, qui remonte au XIIme siècle, fut suivant les uns appelée béguinage, du nom de Lambert Begg ou le Bègue, prêtre Liègeois, leur fondateur (1170); suivant d’autres, de Sainte Bègue ou Begga, sœur de Sainte Gertrude, qui aurait fondé ce genre de communauté dès 692. On a fait enfin dériver ce nom du vieil allemand beggen, demander, prier. Il y a encore en Allemagne, et surtout en Belgique, beaucoup de ces maisons-là.

Les Béguines furent supprimées en France par Louis XI, et remplacées, pour les soins à donner aux malades, par des sœurs du tiers-ordre de Saint François, auxquelles le vulgaire appliqua le nom de Béguines.

Le béguinage de Bruges exige des quartiers de noblesse: des princesses, des filles de sang royal en font partie. En principe, on va au béguinage pour sanctifier son âme, mais cette institution rend encore d’autres services. On a eu des déboires, des ennuis dans le monde ou un réel chagrin, on se réfugie au béguinage pour le temps qu’on veut, quelques jours ou quelques mois, et là on se retrempe, on prie, on se console.

Lorsqu’un jeune homme resté indécis, hésitant, ne se décide pas à demander la main de la jeune fille qui a jeté son dévolu sur lui, crac! celle-ci se précipite au béguinage, et menace d’y rester jusqu’à la fin de ses jours. Ce grand coup frappe généralement le cœur du rebelle, qui fait sortir l’amoureuse du béguinage, en lui passant l’anneau de fiançailles au doigt.

Comme on le voit, le béguinage, à tous les points de vue, a du bon.

De Bruges nous sommes allées faire un déjeûner d’huîtres à Ostende, station balnéaire très suivie. Nous nous sommes fort régalées de ces petites huîtres vertes sortant toutes fraîches de l’eau; elles sont à la hauteur de leur réputation, et quoique petites sans doute, je n’aurais pas voulu tenir la gageure de cet étranger, qui dernièrement avait parié avaler son cent d’huîtres pendant que l’horloge sonnerait les douze coups de midi, ce qu’il fit comme il l’avait dit, et sans en être le moins du monde incommodé.

Par exemple, j’ai eu quelque surprise en apprenant que ces délicieux mollusques, que je classais parmi les meilleurs produits de la mer du Nord, sont seulement élevés en Belgique et qu’ils naissent tous en Angleterre, sur les rochers de Colchester, d’où on les amène ici par cargaison.