Alors des plis du drapeau déployé sur l’autel surgit «la terrible, clémente, triomphante et fière République» qui se présente ainsi:

O peuple me voici, du haut de l’Empyrée
Où je règle à jamais tes destins glorieux,
Je viens à ton appel, et de flammes entourée
J’apparais à tes yeux.
Venez à moi vous qui souffrez pour la Justice
Pauvres, déshérités, martyrs suivez ma loi,
Il faut que le clairon terrible retentisse!
La Justice, c’est moi!

On est empoigné... Quelle belle république ce serait. Malheureusement... celle que nous avons, hélas, ne lui ressemble guère...

Cette représentation comprend douze cents acteurs. M. Colonne, de son bâton de maëstro, dirigeait trois cents instrumentistes et neuf cents choristes; tout a marché à ravir, l’ensemble a été magnifique, mais trop païen, digne des temps mythologiques. C’est ainsi que se faisaient autrefois les fêtes de l’Être suprême, chères à Robespierre et les grotesques cérémonies présidées par la déesse Raison. La Troisième République voudrait-elle, comme sa grand’mère, substituer le culte païen au culte chrétien?

Croyances pour croyances, j’aime mieux les anciennes. Autel pour autel, je préfère celui devant lequel priaient nos aïeux, avant d’aller mourir pour la Patrie, pour Dieu et le Roi.

Après dîner, nous sommes allées à l’Eden-Théâtre, voir Excelsior, une féerie d’un autre genre.

En un jour, c’est beaucoup, mais nous avions des billets. Excelsior est un ballet monstre en six parties et douze tableaux. Six cents personnes en costume ad hoc dansent, défilent, s’agitent sur la scène aux sons d’un orchestre bien nourri, de cent musiciens. Tout cela brille, ruisselle, étincelle, et se retrace bien mieux sous les yeux que sous la plume.

Lundi, 14 Octobre 1889.

Les Bouquinistes

Nous avons flâné aujourd’hui, admiré les beaux étalages et bouquiné du Pont-Royal au Pont St-Michel. C’est là le marché des volumes en plein vent. Les marchands étalent sur les parapets les boîtes où sont jetés pêle-mêle les vieux livres, et cela m’a beaucoup amusée de fureter dans toutes ces boîtes. Ces modestes étalages sont une tentation permanente pour bien des gens.