A la suite de tous ces désastres, la ville de Paris dut dépenser cent quatre-vingt mille francs pour remplacer les victimes et repeupler le Jardin d’Acclimatation. Ces beaux animaux doivent être heureux, ils ont tout à souhait, sauf là liberté, et pour ceux qui l’aiment, c’est peut-être manquer de tout.
Les singes ont un palais revêtu à l’extérieur comme à l’intérieur de plaques de faïences pour empêcher les murs de s’imprégner de mauvaises odeurs, les ouistitis sont charmants ainsi que les écureuils gris, ces jolis écureuils qui fournissent la fourrure dite petit-gris ou vair.
Il y a des moutons et des chèvres de tous les pays: de Russie, d’Egypte, de Chine, d’Afrique; la petite chèvre naine de ce dernier pays est un vrai joujou vivant, moins grande que la plupart de celles qu’on achète chez les marchands de jouets.
Je me suis arrêtée longtemps devant le palais des kanguroos: peu gracieux, mais très drôles ces animaux, avec leur grande poche sous le ventre pour élever leurs petits. Ils ont les membres postérieurs très développés, et en s’aidant de leur queue qui leur sert tour à tour de point d’appui dans le repos, de tremplin au départ, de balancier pour la course, ils franchissent d’un seul bond des distances énormes. Les espèces de kanguroos sont très nombreuses, et presque toutes représentées ici.
Très intéressant encore les lamas qui sont les chameaux du Nouveau-Monde et fournissent ces riches toisons dont on fait de si beaux tissus et même de la dentelle maintenant. La vacherie possède les meilleures laitières et pas mal de petites vaches bretonnes. J’en ai été toute fière. La laiterie est auprès, et pour les Parisiens c’est une régalade de pouvoir boire une tasse de lait tout chaud, tout écumeux, il y a des jours où il s’en débite mille tasses.
Les variétés infinies de la race canine se retrouvent en offrant aux regards charmés des amateurs les types les plus purs. Voilà des sujets qui ont toutes les qualités requises pour satisfaire les plus difficiles, le rude chasseur ou la petite maîtresse.
On peut en dire autant des chevaux dont la collection est des plus complètes, depuis le percheron pur-sang, le cheval de trait breton jusqu’au cheval d’Arabie.
Et les poneys! en voilà de tous les pays: de Java, de Siam, de Cochinchine, d’Ecosse, d’Islande, de Russie, de Corse, des Landes, de Navarre, de l’Ile d’Yeu, de Pologne, de Finlande. Ils ont de jolies robes, des formes élégantes, ce sont de mignons petits chevaux, mais en général ils n’ont pas l’air commode.
J’ai admiré en face des écuries le sequoïa gigantea, le sapin géant de la Californie, qui ne croît naturellement que sur un seul point, dans la vallée de Calaveras, donné il y a vingt ans par Monsieur Leroy d’Angers.
Il est autrement beau que celui que je possède à la campagne, mais cela n’est pas étonnant, le mien a été la victime d’une aventure extraordinaire, il commence une seconde vie... Donc cet arbre, déjà fort beau pour ses quinze ans, vivait tranquille et solitaire sur le bord d’une allée qu’il fallait élargir. Je regrettais bien le sacrifice, c’était devenu nécessaire: l’arrêt fatal fut prononcé. Le séquoia est arraché, scié au bas du tronc, et les racines qui formaient un gros bloc, jetées sur un tas de bois à brûler. Ceci se passait au printemps. Tout l’été la pauvre souche resta exposée au grand soleil. Plusieurs fois, je dis à mon cordon bleu: «Mais brûlez donc cette souche, c’est une bûche toute faite pour cheminée de cuisine».