Parmi ces broderies, il faut citer celles de Madame de Lucesco, qui lui ont pris sept années de travail; il est bon d’ajouter qu’elle a tout fait, même tissé l’étoffe sur laquelle elle a brodé.
Du reste, les tapis et les étoffes sont aussi des œuvres féminines qui défient le temps, ces étoffes-là sont d’une solidité à user plusieurs générations. Ceux qui les achètent n’en voient pas la fin, ce sont elles qui voient passer les familles.
Les costumes roumains qui sont semblables à ceux que portaient leurs ancêtres font très bon effet, c’est autrement joli pour les hommes et les femmes que la mode actuelle qui, chez nous, a étendu son monotone et égalitaire niveau sur presque toutes nos provinces. Le costume national a vécu en France et s’en est allé comme tant de bonnes choses... du bon vieux temps. Là-bas, il n’en est pas ainsi et la reine elle-même tient beaucoup à voir conserver dans ses états le costume national et si pittoresque de la Roumanie. La Roumanie expose encore des armes perfectionnées et des objets de céramique à côté d’un obélisque de sel, l’une des richesses du sol roumain. Il produit encore des bois magnifiques, et j’ai admiré une rondelle de noyer de deux mètres de diamètre.
Je termine par l’exposition de confiserie bien alléchante, j’en réponds, de Monsieur Capsa qui s’intitule élève de Boissier, c’est de la modestie, il aurait pu mettre émule. Voilà qui est très bien, cela prouve que les Roumains aiment la France.
Le chalet-restaurant roumain dans le prolongement de la rue du Caire est plein de couleur locale, c’est la vraie maison de campagne de ce pays-là, avec son pignon, sa tour et son toit saillant. On y entend des tziganes roumains, des vrais, beaucoup plus purs que les tziganes hongrois, un peu mélangés par les voyages. On est servi par des roumaines authentiques dans leurs costumes pittoresques et comme elles ne savent pas un mot de français, on voit bien qu’elles ne sont pas nées à Nanterre ou dans le faubourg de Montmartre. La cuisine est à l’avenant. On dit que la fleica, beefteak et les frigarui, filets de bœuf sont excellents ainsi que la tzuica, eau-de-vie de prunes et de tamaïosa, sorte de vin muscat. Il y a encore bien d’autres mets indigènes; c’est ici l’exotisme culinaire en pleine floraison. Nous terminons notre promenade à travers l’Europe par le Grand-Duché de Luxembourg qui est fort petit, ce qui ne l’empêche pas de tenir ferme son drapeau dans la voie du progrès: chartres anciennes, parchemins authentiques, médailles précieuses racontent l’histoire de son passé.
Des plans, des cartes, beaucoup de dessins modernes nous parlent de son présent et les nombreux échantillons de ses productions industrielles nous montrent les progrès accomplis depuis cent ans par ce vaillant petit pays qui pourrait prendre pour devise: En avant!
Mardi 22 Octobre 1889.
Entrées payantes ce jour à l’Exposition: 123.284
La Chine et le Japon.—La Perse.
Le Siam.—Le Maroc.
L’Egypte et la Rue du Caire.
Nous avons parcouru l’Europe, visitons aujourd’hui quelques pays de l’Asie et de l’Afrique. Demain nous nous occuperons des possessions françaises. Après cela l’Amérique et l’Océanie auront leur tour.
Chine et Japon.