Possessions françaises
Nos colonies font honneur à la mère patrie. En première ligne l’Algérie et la Tunisie, la Cochinchine, l’Annam, le Tonkin, présentent chacune leur palais. Celui de l’Algérie avec son dôme, son minaret, ses décors de faïence franche et brillante, sa grande galerie ornée de vitraux est des plus séduisants; à l’intérieur, trois grandes salles représentent les trois départements d’Alger, d’Oran et de Constantine. Le jardin qui entoure le palais contient les plus belles plantes d’Algérie et quantité de bazars tenus par des indigènes. Tous les ouvriers sont là à l’ouvrage, travaillant chacun selon son métier; en voilà qui tournent, d’autres qui brodent, d’autres qui travaillent les métaux; voilà des bibelots de toute espèce et des bijoux sans fin; les colliers de sequins sont fort élégants.
Il y a foule dans la rue d’Alger, c’est un mouvement, un va-et-vient tout à fait réjouissant, distrayant. Les uns vont au café Maure pour prendre cet excellent café où l’on trouve tout à la fois à boire et à manger et pour voir les belles danseuses mauresques. Les autres vont à la maison Kabyle admirer les méharis pur sang, chameaux coureurs; ces vaisseaux (ship) du désert, suivant l’expression pittoresque des Anglais. Le désert lui-même n’a pas été oublié, une grande toile peinte nous donne l’illusion de ces espaces infinis, arides et désolés: au centre, jaillit un puits bouillonnant avec une oasis qui se détache agréablement sur le sable éternellement jaune et le ciel éternellement bleu.
Le palais tunisien a copié ses façades, dôme, véranda, mosquée sur les meilleurs modèles des Palais de Tunisie et de la cité sainte de Kérouan; tout cet ensemble est plein de caractère et de couleur. Sous notre ciel un peu terne rayonne l’orient lumineux. Voici un intérieur arabe qui semble très animé; ce ne sont cependant que des mannequins, hommes et femmes revêtus des riches costumes du pays.
Le souk ou bazar dans ses vingt-six boutiques offre un spécimen de toutes les industries de Tunis; ici le fabricant de chéchias, plus loin les brodeurs en or et argent, le bijoutier, le parfumeur, le barbier, le peintre sur poterie, le damasquineur, le menuisier, le cafetier, le confiseur, le tourneur, le tisserand, le sculpteur d’arabesques, l’écrivain; ils sont là, travaillant sous de belles voûtes blanches, soutenues par des colonnes bariolées de rouge, couleur favorite de tout bon musulman. Ah! le beau tapis de Kérouan et les belles soies de Tunis, les beaux burnous de Djeriet et les belles couvertures de Djerba.
La Tunisie a, comme l’Algérie, des forêts de chênes-liège, des chênes, des eucalyptus et des dattiers dont on compte deux cent cinquante variétés.
Nous voyons encore figurer ici le Sénégal, le Gabon, le Congo, l’île de la Réunion, Madagascar, Mayotte, les Comores, l’Inde française, Pondichéry, Chandernagor, Mahé, la Nouvelle-Calédonie, les îles du Pacifique, la Guyane française, le Cambodge; chaque peuple, chaque contrée a envoyé ses meilleurs produits, et l’on dit que les Français ne sont pas colonisateurs! Allons donc! toutes ces possessions prouvent le contraire. Nous avons un vaste empire colonial et c’est dans le palais central qu’on peut s’en rendre compte du haut des galeries surtout.—Voyage facile qu’on fait en s’accoudant aux balustrades.
Que d’admirables choses, dont l’énumération est impossible, dues à la nature d’abord, au travail patient, au génie inventif de l’homme. Je citerai cependant la pyramide des dieux soudiens, une pyramide de ces dieux Bouddha comme les gravures nous les représentent depuis des siècles et que l’Asie adore toujours, ils s’abritent sous un bouquet d’énormes bambous et cet ensemble frappe vivement par son étrangeté. Devant le palais central se trouve une jolie pièce d’eau avec son pont cintré tonkinois et ses sampans ou barques anamites, et maintenant parcourons les villages indigènes; voici les grandes cases Onolof de St-Louis, habitations des gens qui n’ont pas le moyen d’avoir des maisons. Les cases de bois coûtent de cinq à six cents francs et finissent généralement par un incendie; il y a des cases encore plus modestes, celles des pêcheurs de St-Louis, elles ne coûtent que deux cents francs, celles-là flambent un peu plus vite, voilà tout.
Mais en voilà bien d’autres, celles des Toucouleurs aux murailles et au mobilier en terre sèche.
Case bambara copiée aux environs de Batrel, case du Cayor, maison de chef Gourbi de Souls (pasteurs), habitation rudimentaire de nomades, tente de Maure Trarza, tente d’homme de qualité, enfin tente des captifs en vieille cotonnade bleue où vivent les esclaves des Maures.