C’est au Palais du Trocadéro[7], qui fut le palais dominant de l’Exposition de 1878 et à ses délicieux jardins que nous avons consacré notre journée. Le Palais est dépassé aujourd’hui, mais c’est égal, il est toujours superbe avec ses galeries extérieures ornées de statues, ses cascades, ses tours quadrangulaires de 70 mètres de haut; sa salle des fêtes qui peut contenir six mille personnes. La galerie intérieure de droite contient des objets anciens qui sont de purs chefs-d’œuvre en bijouterie.

Tous ces trésors échappés aux révolutions, à la guerre, au pillage, à la fonte, racontent magnifiquement l’histoire de l’orfèvrerie française depuis saint Louis jusqu’à nos jours. Nous avons là sous les yeux les trésors les plus célèbres des anciennes abbayes de France, et ceux des grandes cathédrales. Voilà des crédences, des émaux byzantins, des crosses splendides, des patênes, des ostensoirs, des mîtres, des encensoirs, des reliquaires superbes et même des châsses aux précieuses reliques. Voici une croix de l’évêché d’Avignon, trois plaques d’évangéliaires, un calice en or massif du huitième siècle (église de Saint-Gozlin, à Nancy), un reliquaire pour la Sainte-Epine (sœurs Augustines d’Arras), une nef en nacre de perles montée sur argent doré, un Christ sortant du tombeau (don de Henri II à une église).

Admirons aussi les spécimens de l’orfèvrerie profane: le lit d’Antoine, duc de Lorraine et de Renée de Bourbon, sa femme (1515); une collection de coffrets, des bustes en terre cuite de Philippe le Beau et Jeanne la Folle, etc., etc.

Toutes ces pièces rarissimes aujourd’hui, sont l’œuvre de ces fameux orfèvres du Roi qui furent des maîtres.

L’ensemble de ces objets est évalué modestement à quarante millions.

La galerie de gauche est un musée d’architecture. On y voit la reproduction dans leur grandeur naturelle des principales parties de nos monuments historiques, chaires en dentelle de pierre, jubés à jour, statues colossales, tombeaux, portiques, rosaces, portails des plus belles cathédrales tel que celui de Chartres, cloître de Saint-Trophyme; tout cela est représenté avec la fidélité de détail et le fini d’exécution de l’original même. Après un examen attentif de tous ces fragments colossaux, on connaît le passé architectural de son pays, du moyen-âge, de la Renaissance, car aujourd’hui, l’éclectisme le plus absolu règne dans nos monuments modernes. Les architectes actuels empruntent à chacun des cinq ordres ce qui leur convient le mieux, sans s’occuper le moins du monde de rester classique. Ils sont les fondateurs d’un sixième ordre, l’Ordre du Mélange.

Et la suite de cette visite rétrospective et un peu sévère, on éprouve une véritable satisfaction à promener dans les jardins du Trocadéro et à se retrouver au milieu des fleurs qui toujours jeunes et belles sont de tous les temps.

On dirait qu’elles sont les Benjamines de la Nature qui les chérit tout particulièrement et aime à renouveler sans cesse leur fugitive beauté.

C’est d’elles qu’on peut surtout dire: les fleurs sont mortes, vivent les fleurs! Chaque saison, que dis-je! chaque semaine presque apporte une flore différente et c’est ainsi que nous voyons se succéder les camélias, les azalées, les cynéraires, les pensées, les jacinthes, les tulipes, les geraniums, les roses, les œillets, les marguerites, les dalhias, les chrysantèmes la dernière fleur d’automne et peut-être la plus belle parce qu’elle trône seule, toutes ses autres sœurs, les frileuses ont déserté la place. Ah! oui les fleurs sont sans rivales, dans l’art de charmer, de ravir.

Quel enchantement pour les yeux, quel régal pour l’odorat! Si j’osais je dirais que toutes les fleurs de pourpre et de flamme d’azur et d’or étincelantes au soleil semblent tirer un véritable feu d’artifice sous les regards éblouis des promeneurs.