Voilà des sapins, des tuyas lilliputiens, aux troncs tourmentés, bossus, biscornus, qui ont cent et cent cinquante ans d’existence. On les a traités comme on traite le pied des Chinoises en entravant leur crue, mais quels soins il a fallu pour les empêcher de mourir, ces pauvres arbres, ainsi livrés à la torture. C’est plus curieux que beau, il faut que ces Japonais soient de fameux arboriculteurs pour réussir de pareils monstres.
Le Pavillon des forêts m’a séduite par son élégance et son originalité.
Qu’on se figure une construction toute en bois dont la façade, la galerie extérieure, les panneaux sont obtenus par la juxtaposition et l’assemblage de bois de toutes les couleurs, les colonnes sont des arbres séculaires non écorcés.
L’intérieur renferme des échantillons de tous les arbres existant sur la terre. Ce sont des rondelles épaisses, parfois d’une largeur phénoménale, sciées dans le tronc; cette collection est unique dans son genre.
Nous avons passé la soirée à la maison, dans l’intimité de quelques bons amis que ma cousine avait conviés à son dîner hebdomadaire. Un convive retardataire, un jeune homme habitué de la maison, entre au salon en gasconnant comme un riverain de la Garonne. Ciel! quel langage!
Qu’avez-vous, s’écrie-t-on en chœur? «Eh! bienne, mais rienne, seulement ze ne veux pas avoir l’air d’un étranzé dans ma ville natale, puisqu’on ne parle plus français à Paris, mais toutes les langues et tous les idiomes du globe, ze fais comme les autres.»
Il est de fait que la multitude est innombrable partout. Paris ne s’appartient plus; envahissement général des trains, des omnibus, des bateaux, des tramways, des fiacres, des hôtels et des théâtres. Les propriétaires et les directeurs sont dans l’allégresse; ils ont beau augmenter le prix des chambres et des places, il n’y en a jamais assez. Quel succès que cette Exposition! Elle mourra debout, battant son plein, aussi suivie, aussi admirée et même plus que les premiers jours.
Cependant comme il est impossible de contenter tout le monde, bon nombre de Parisiens sont furieux. On a pris leur Paris, ils ne sont plus chez eux, et ils envoient à tous les diables la province et l’étranger.
Le jeune homme s’étant assis a continué: «D’ailleurs Paris n’a jamais été aux Parisiens... En temps ordinaire, le nombre des étrangers est huit pour cent de la population; celui des Français nés dans les départements et habitant Paris est cinquante-huit pour cent; les Parisiens de Paris y sont trente-huit pour cent, juste le tiers. Les savants nous apprennent que sous l’Empereur Julien (qui habitait Paris et l’appelait ses délices) la population était de huit mille habitants. Il n’y avait pas d’exposition alors!
Sous Clovis, il y avait à Paris trente mille habitants. Sous Louis VII en 1220, cent vingt mille habitants. En 1590, le recensement indiqua deux cent mille âmes.