Nous avons salué Rousset, Henriot, Tonkinois, Mathieu un ours brun, Matelot un ours cocotier, Firmin un ours bien léché, l’Africain, un ours terrible et le Petit-Vieux, doyen vénéré des ours du jardin, une belle assistance comme on voit.
Les zèbres sont également très voraces; leur grande mâchoire constamment dilatée est une cible que les enfants criblent de balles de mie de pain. Très bien éduqués aussi les éléphants: ce sont d’amusants escamoteurs d’une adresse charmante; leur trompe passe au-dessus de plusieurs personnes, pour venir prendre fort délicatement le morceau de gâteau que vous tenez en main.
De coquettes volières logent confortablement la gent emplumée. La belle collection des oiseaux doux et inoffensifs m’a charmée. Oiseaux aquatiques, oiseaux des montagnes, oiseaux des plaines, quelle variété de formes et de plumages! Comme les flamants sont donc jolis dans leur toilette rose! Tous ces cosmopolites ont leur cachet particulier; mais nos oiseaux français ont aussi leur mérite. Fauvettes, pinsons, mésanges, pierrots se donnent des airs d’écoliers en vacances qui font plaisir à voir.
Les serres, parfaitement entretenues, renferment d’innombrables spécimens de plantes exotiques; les deux plus grandes sont, dit-on, les plus belles serres de France, de véritables palais de cristal.
Tous les animaux volant, rampant, marchant, nageant se sont donnés rendez-vous dans les vastes salles d’histoire naturelle. Très intéressante la collection des écureuils, je n’aurais jamais cru qu’il y avait tant de variétés chez ces charmants rongeurs.
Pas si agréables à voir les serpents, on les regarde avec dégoût, et même avec effroi en se rappelant l’histoire de ce savant, mort de la piqure d’un serpent, empaillé depuis vingt ans. C’est l’exacte vérité. L’empailleur avait laissé à cet ophidien d’une espèce très dangereuse ses crochets, des tubes pleins de venin; le savant l’ignorait, on avait oublié ce détail, tout en étudiant son serpent sans y prendre garde, il fait jouer la mâchoire qui se referme sur sa main; les crochets fonctionnent et le venin, presque foudroyant, qui n’avait rien perdu de sa force, au contraire, s’inoculait en quelques minutes dans le sang du malheureux, nouvelle victime à ajouter au long martyrologe de la science.
La salle des fruits me paraît unique dans son genre. C’est une séduction pour l’odorat. Tous les fruits des cinq parties du monde sont là, au naturel, conservés dans l’esprit de vin. Ils répandent un parfum de fruits à l’eau-de-vie tout à fait allèchant.
Bref, le muséum avec ses jardins, ses serres, ses herbiers (hortos sicos, jardins secs), sa ménagerie, ses amphithéâtres et ses laboratoires, ses galeries de zoologie, de botanique, de géographie, de minéralogie, en un mot avec toutes ses collections est un grand établissement national, d’une haute importance, marchant en tête des autres établissements de ce genre en Europe destiné tout à la fois à l’enseignement supérieur et à la vulgarisation des sciences naturelles.
Nous sommes rentrées par une brise frisquette comme disent les marins, le temps est toujours beau mais les nuages s’amoncellent à l’horizon, le soleil par instant reste voilé.
Aussitôt après dîner, nous nous sommes dirigées vers les théâtres de notre voisinage. Quelle audace de songer à y entrer sans places retenues d’avance. L’Odéon était comble, Cluny aussi, au Chatelet même déveine; le Prince Soleil, qu’on y joue, est un souverain auquel il faut avoir demandé audience depuis plusieurs jours pour être reçu. Longue queue à l’Opéra-Comique, nous entrons dans le flot, au bout d’une demi-heure d’attente nous allons enfin franchir le seuil sacré. Soudain un gardien de la paix, de planton à la porte nous glisse à l’oreille: «Mesdames, quelles places avez-vous donc?» «Aucune.» «A la bonne heure, car il n’y en a plus, ce flot vous conduit aux combles dans les places à vingt sous.» Horreur!