Je n’ai fait que passer dans la section d’anthropologie, sans doute c’est l’histoire de l’homme, mais c’est aussi celle de ses difformités, de ses maladies, de ses souffrances physiques. Ces corps écorchés, ces chairs qui semblent palpiter encore, tout cela m’a paru trop vrai. Parcourus aussi rapidement les instruments de chirurgie. Ils sont innombrables. Toutes ces scies, ces ciseaux, ces lames, ces pinces aux mille formes, en bel acier poli, brillant, me faisaient frissonner. Je croyais les voir et les entendre fonctionner dans la chair vive et le sang chaud.
Ah! ciel, si le destin m’avait fait naître du côté fort, je n’aurais jamais pu être chirurgien.
Mardi, 24 Septembre 1889.
Montmartre.—Le Musée de Cluny
Journée encore bien remplie: le matin à Montmartre, l’après-midi à Cluny, le soir au théâtre.
Le nombre des curieux et des pèlerins qu’attire l’église du Sacré-Cœur est considérable. Cette construction grandiose, dans le style bysantin, de cent mètres de long, et dont la flèche aura quatre-vingts mètres de haut, s’élève sur une éminence qui a elle-même cent vingt-huit mètres d’altitude. C’est de ce site exceptionnel qu’il faut voir Paris et tous ses monuments. La vue de cette grande capitale, se développant aux pieds de la magnifique basilique qui la domine et semble la protéger, est indescriptible. C’est de là qu’il faut contempler la tour Eiffel, pour comprendre sa prodigieuse hauteur.
En ce moment on ne peut juger la basilique du Sacré-Cœur, enfouie comme elle l’est dans les échafaudages. De loin, on ne peut pas non plus se rendre compte des fondations cachées dans le sol. Ces fondations sont déjà une première église souterraine, qui à elle seule coûte plus de quatre millions. Quoi qu’il en soit, je crains que l’ensemble ne paraisse toujours un peu lourd, un peu écrasé.
Jusqu’à présent, vingt-deux millions ont été dépensés, mais les recettes sont supérieures à ce chiffre, l’argent ne manquera pas. Le devis général s’élève à quarante millions.
Actuellement quatre clochetons dégagés de tout échafaudage, se détachent de la maçonnerie. Au milieu, s’élève la niche monumentale dans laquelle sera placée plus tard la statue du Sacré-Cœur. On n’a point encore commencé la grande coupole tout en pierre (c’est un des caractères distinctif de cet édifice colossal, qu’il n’y entre ni fer, ni bois, ni ardoises), devant être placée à l’intersection de la nef et du transept: elle sera dans le style de Saint-Pierre de Rome. L’échafaudage pour la construction de cette coupole ne sera pas une petite affaire.
La deuxième plate-forme atteindra juste à la hauteur de la colonne Vendôme. Sur cette plate-forme on dressera deux sapines de vingt mètres de hauteur chacune, et qui seront reliées par des croisillons. On se trouvera alors à la hauteur de cinquante-trois mètres, et ce ne sera pas fini. Sur ces sapines mêmes, il faudra élever une énorme charpente de dix-huit mètres, laquelle atteindra la naissance de la flèche, en sorte que le sommet de l’échafaudage se trouvera à soixante-douze mètres au-dessus du sol. Ainsi construit, cet échafaudage aura coûté cent cinquante mille franc.