Charles arriva avec les Francs du nord. Les Arabes se trouvaient en face du dernier rempart de la chrétienté. Cette armée, qu'un chroniqueur appelle avec raison «l’armée des Européens,» une fois détruite, la religion de Mahomet (ou autrement l'islamisme), dominera sur la terre.

Bataille de Poitiers (732).—Les Francs n'abordèrent pas sans étonnement les Arabes, ces ennemis nouveaux, au teint basané, qui, enveloppés dans des burnous blancs, montaient des chevaux vifs et ardents. Les cavaliers arabes soulevaient des tourbillons de poussière, paraissaient et disparaissaient, se repliaient, se reformaient, pour revenir, avec la rapidité de l'ouragan, frapper en courant avec leurs cimeterres ou sabres recourbés. Les Arabes, à leur tour, s'étonnèrent de voir ces hommes du Nord, blonds, grands, protégés par des casques et des cottes de mailles ou des casaques de peaux, munis de longues épées, de piques, maniant habilement la hache et la lançant au loin. Les Francs demeuraient unis, disciplinés, présentant une forêt de piques comme un mur de fer, et résistaient, inébranlables, à tous les assauts.

Une habile diversion organisée par Charles contre le camp arabe, décida le succès de la journée en faveur des Chrétiens. Ne songeant plus qu'à leurs richesses, les Arabes quittèrent leurs rangs. La nuit empêcha les Francs de poursuivre leur avantage.

Le lendemain matin, ceux-ci revirent à la même place les tentes arabes et craignaient une nouvelle bataille; mais les ennemis avaient disparu; les Francs purent se jeter en toute liberté sur le prodigieux butin que les ennemis avaient abandonné.

Charles avait frappé si fort qu'il reçut le surnom de Martel (marteau). A son retour à Paris, il fut accueilli avec enthousiasme et fit une entrée vraiment triomphale. Les Francs venaient de décider une grande querelle: ils avaient sauvé la chrétienté et la vraie civilisation, bien que les vainqueurs parussent moins civilisés et plus grossiers que les vaincus.

Pépin le Bref (741-768).—Charles Martel laissa deux fils, Pépin et Carloman, qui commandèrent d'abord ensemble aux Francs. Carloman, en 747, se fit moine et Pépin gouverna seul. Il se trouva bientôt assez puissant pour écarter le fantôme de roi mérovingien que sa famille avait maintenu. Il fit couper la chevelure du dernier Mérovingien, Childéric III, qui fut tonsuré comme un clerc et relégué dans un monastère à Saint-Omer (752 après Jésus-Christ).

Proclamé roi à Soissons, Pépin se fit sacrer par Boniface, archevêque de Mayence. Il se fit même couronner une seconde fois, à Saint-Denis, par le pape Étienne II.

Or les Lombards menaçaient Rome. Pépin, reconnaissant de l'appui que lui avait donné le pape, marcha à son secours et triompha des Lombards. Il concéda au Saint-Siège la province de Ravenne, et le pape eut alors une puissance temporelle. Pépin ensuite soumit définitivement la grande province du Midi, l'Aquitaine. La Gaule entière obéit dès lors aux Francs.

Pépin était surnommé le Bref à cause de sa petite taille. Mais il prouva que la force et le courage ne dépendaient pas de la taille. Un jour il assistait, dans un cirque, avec ses leudes à un combat d'animaux: un taureau se défendait contre un lion; mais le lion sauta au cou du taureau et allait le déchirer. Pépin demanda si quelqu'un oserait porter secours au taureau. Personne n'ayant répondu, Pépin s’élança dans l'arène et, d'un coup d’épée, abattit la tête du lion. Les leudes admirèrent la vigueur de leur chef, et nul ne fut mieux obéi, malgré sa petite taille.