Charlemagne avait fini par comprendre les sons désespérés du cor de Roland; il était revenu en toute hâte sur ses pas, mais trop tard, et ne put que venger la mort de son neveu.
Guerres contre les Saxons.—Mais la guerre la plus longue, la plus acharnée que Charlemagne eut à soutenir, fut la guerre contre les Saxons. A dix-huit reprises différentes, dans l'espace de trente-trois ans, il pénétra dans le pays compris entre le Rhin et l’Elbe.
Charles s'appliqua surtout à convertir les Saxons à la religion chrétienne. Il détruisit leurs bois sacrés, renversa leurs idoles, entre autres l’Irminsul, tronc d'arbre énorme et sculpté en forme de statue.
Un chef surtout avait excité les Saxons à la résistance, Witikind. Ardent, infatigable, habile, Witikind se dérobait à toutes les recherches: quand il ne pouvait plus lutter, il se retirait chez les Danois et reparaissait dès que Charlemagne s'éloignait.
Le bruit du désastre de Roncevaux étant parvenu jusque dans la Saxe, Witikind souleva toute la Germanie et osa se montrer sur les bords du Rhin (778). Charles fut obligé de recommencer la conquête du pays. Il y resta trois années pour y fonder des monastères, y bâtir des châteaux forts, y créer des évêchés.
Charles alors croit pouvoir s’éloigner. Mais Witikind reparait et détruit une armée franque. Charles aussitôt revient au milieu des Saxons en ennemi irrité et inflexible. Witikind lui échappe encore, mais quatre mille cinq cents prisonniers sont décapités en un seul jour à Verden (782).
Ce terrible massacre fut le signal d'une nouvelle guerre sans merci. Les Saxons, épuisés, à la fin se soumirent. Witikind, ne trouvant plus de soldats, fatigué lui-même et apprenant que Charles lui ferait grâce s'il voulait se convertir, vint reconnaître l'autorité de Charlemagne et recevoir le baptême à la villa royale d’Attigny sur Aisne (785).
La soumission de Witikind termina la grande guerre de Saxe. Plusieurs tribus se révoltèrent encore plus d'une fois jusqu'en l'année 804, et Charlemagne, las de vaincre et de punir «cette race au cœur de fer,» dut transplanter des milliers de familles en d'autres régions et changer les habitants de la Saxe. C'est ainsi que le redoutable roi des Francs créa le pays qu'on a depuis appelé l'Allemagne.
Le roi des Francs se trouvait à Rome au moment ou l'on célébrait le huit centième anniversaire de la naissance du Christ, et c'était précisément le premier jour de l'an 800, car on comptait alors les années à partir de Noël. Pendant la messe, comme Charles priait agenouillé dans l'église de Saint-Pierre et Saint-Paul, le pape Léon III, tenant une couronne d'or, alla tout à coup la lui placer sur la tête en disant: «A Charles très pieux, auguste, couronné de Dieu, grand et pacifique empereur des Romains, vie et victoire!» Les guerriers francs, flattés dans leur orgueil, s'unirent aux Romains pour répéter avec enthousiasme: «A Charles, empereur des Romains, vie et victoire!»
Le pape se prosterna devant le nouvel empereur d'Occident, qui revêtit un costume magnifique: tunique ornée de broderies, manteau fleuri de rameaux d'or, brodequins étincelants de pierres précieuses. Et toute la ville de Rome fut en joie: elle se croyait rappelée à son antique splendeur.