La bataille d'Azincourt.—Les chefs du parti armagnac, maîtres du roi et du gouvernement, s'étaient décidés à marcher contre les Anglais. A leur appel la noblesse accourut, mais insouciante et indisciplinée comme aux jours de Crécy et de Poitiers. Fiers de leur nombre imposant, car ils avaient réuni plus de cent mille hommes, les Français se croyaient certains d'écraser la petite armée des Anglais qui battait en retraite, cherchant à gagner Calais. Le pays que ceux-ci avaient à traverser se soulevait, et les Picards barrèrent le chemin à l'armée de Henri V près d'Azincourt. L'armée française, commandée par le connétable d'Albret, arriva, et le 25 octobre 1415 le combat s'engagea sur un terrain détrempé par les pluies d'automne.

Selon leur habitude les Anglais se postèrent derrière leurs archers. Une nuée de flèches s'abattit sur les rangs des chevaliers français, obligés de baisser la tête pour que les traits n'entrassent point dans la visière de leurs casques. Les Français s'étaient rangés en escadrons si serrés qu'ils ne pouvaient lever leurs bras pour frapper sur leurs ennemis. Leurs lourds chevaux enfonçaient dans les terres fraîchement labourées, et les chevaliers ne pouvaient atteindre leurs ennemis avec leurs lances, qu'ils avaient coupées par le milieu afin de pouvoir s'approcher plus près des Anglais. L'avant-garde rompue mit le désordre dans le corps de bataille. Ce que voyant, les Anglais, jetant bas leurs arcs, prirent leurs épées, leurs haches, leurs maillets, se jetèrent au milieu des Français, frappant, abattant tout ce qui se trouvait devant eux. Beaucoup de seigneurs se rendirent.

Or voici qu'une troupe française, faisant un détour, attaque les bagages des Anglais. Le roi Henri V effrayé ordonne de ne plus faire de prisonniers et de massacrer tous ceux qui s'étaient rendus. Lorsqu'il fut revenu de l'émotion causée par cette alerte, il commanda de cesser le massacre, mais une foule de seigneurs avaient péri. Sur le champ de bataille, le roi anglais, pour relever encore sa victoire, s'écria «qu'il avait été l'instrument de Dieu choisi pour punir les péchés des Français.»

Un crime des Armagnacs vint achever le triomphe du roi anglais. Les Armagnacs étaient maîtres du jeune fils de Charles VI, le dauphin. Ils feignirent vouloir se réconcilier avec les Bourguignons, et attirèrent Jean sans Peur à une entrevue avec le dauphin, sur le pont de Montereau. Jean s'y rendit et y périt égorgé sous les yeux mêmes du jeune prince (1419).

Ce meurtre jeta tout à fait les Bourgignons dans les bras des Anglais. Philippe le Bon, fils de Jean sans Peur, maître du roi Charles VI, et la reine Isabeau, qui renia son fils, signèrent avec Henri V le honteux traité de Troyes (1420). Ce traité déshéritait le dauphin Charles, accordait à Henri V la main de la fille de Charles VI et assurait la couronne de France à ses descendants. Henri V se trouvait maître du pays.


[CHAPITRE IX]

CHARLES VII—JEANNE D'ARC

Charles VII; la France en 1429; Jeanne d'Arc.—En 1422, Henri V et Charles VI moururent tous deux à quelques mois l'un de l'autre. Suivant le traité de Troyes, Henri VI, fils de Catherine de France et de Henri V d'Angleterre, fut proclamé à Paris roi de France et d'Angleterre. Plusieurs seigneurs restés fidèles à l'héritier légitime, au représentant de la nationalité française, proclamèrent Charles VII. Il y eut ainsi deux rois, l'un anglais, l'autre français; deux Frances, la France anglaise et la vraie France. D'ailleurs Charles VII paraissait avoir peu de chances et même nulle volonté de recouvrer sa couronne; ses ennemis l'appelaient par dérision le roi de Bourges. Le découragement gagnait les meilleurs capitaines. Toujours battus, ils ne pouvaient arrêter les Anglais qui s'emparaient successivement de toutes les cités et en 1428 vinrent mettre le siège devant Orléans. Le pays semblait perdu quand Jeanne d'Arc parut.