Vendue aux Anglais, Jeanne fut conduite à Rouen. Les Anglais lui firent son procès comme à une sorcière, à une hérétique; mais souvent la sagesse de ses réponses déconcerta ses juges. Comme elle parlait des voix qui l'avaient inspirée, les juges lui demandèrent: «Sainte Catherine et sainte Marguerite haïssent-elles les Anglais?—Elles aiment ce que Notre-Seigneur aime, et haïssent ce qu'il hait.—Dieu hait-il les Anglais?—De l'amour ou de la haine que Dieu a pour les Anglais, je n'en sais rien: mais je sais bien qu'ils seront mis hors de France, sauf ceux qui périront.» Le procès n'avait rien prouvé, mais on fit signer à Jeanne, sous la menace d'être brûlée, une abjuration de ses prétendues erreurs, et on la condamna à la prison perpétuelle. Plus tard elle désavoua l'abjuration qu'on lui avait surprise et maintint la vérité de sa mission. «Si je disais, répondit-elle, que Dieu ne m'a pas envoyée, je me damnerais; la vérité est que Dieu m'a envoyée.» Les juges d'Église alors l'abandonnèrent au bras séculier, c'est-à-dire à la justice civile, et le 30 mai (1431) on la conduisit au bûcher sur la place du Vieux-Marché.
Jeanne, qui n'avait encore que vingt ans, pleurait en disant: «O Rouen, dois-je donc mourir ici!» Elle demanda une croix: on lui en fit une avec un bâton, mais elle obtint qu'on lui apportât celle de la paroisse voisine. Enfin, les Anglais s'impatientant, deux sergents la saisirent et la livrèrent au bourreau. Le feu fut allumé. Jeanne s'oublia pour ne penser qu'au frère Isambart qui l'exhortait toujours, et lui dit de descendre, mais de tenir haut la croix, qu'elle ne voulait pas perdre de vue. Toute la foule pleurait. Quelques Anglais essayaient de rire. Un d'eux, des plus furieux, avait juré de mettre un fagot au bûcher; Jeanne expirait au moment où il le jeta et il s'évanouit: «J'ai vu, disait-il hors de lui-même, j'ai vu de sa bouche s'envoler une colombe.» Un seigneur anglais disait tout haut en revenant: «Nous sommes perdus, nous avons brûlé une sainte.»
Les Anglais redoutèrent Jeanne même après sa mort, et, de peur que ses cendres ne devinssent des reliques pour le peuple, ils les firent jeter dans la Seine. Mais l'impulsion était donnée; le pays, réveillé, repoussait partout l'étranger, et en 1453 les Anglais avaient perdu toutes leurs conquêtes en France. Les malheurs de ces invasions avaient eu au moins pour résultat de faire naître chez tous les habitants de la France le sentiment de l'amour de la patrie.
[CHAPITRE X]
LOUIS XI (1461-1483)
Charles VII mourut en 1461 et eut pour successeur son fils, Louis XI.
A cette époque des changements importants ont lieu en Europe et dans le monde. Un peuple nouveau s'établit à l'orient de l'Europe, les Turcs qui se sont emparés de Constantinople (1453). Les peuples chrétiens ne se sont point soulevés à cette nouvelle: le temps des expéditions religieuses, des croisades est bien fini. Les nations ne songent qu'à se constituer, à s'organiser, malheureusement aussi à s'entre-déchirer, et l'époque des grandes ligues, des guerres européennes va s'ouvrir. Ce qui valait mieux, les Portugais et les Espagnols indiquaient de nouvelles routes au commerce et découvraient de nouvelles terres. Les premiers avaient achevé, en 1497, sous la conduite de Vasco de Gama, de faire, par mer, le tour de l'Afrique et montraient la route des Indes. Christophe Colomb, savant navigateur génois, avec trois navires que lui avaient donnés les souverains de l'Espagne, Ferdinand et Isabelle, découvrit en 1492 un nouveau monde auquel on a injustement donné le nom d'un autre navigateur florentin, Amerigo Vespucci, l'Amérique.
Il semblait que Dieu, par une seconde création, eût doublé l'étendue du monde habitable. On se précipitait vers ces contrées parées d'une végétation brillante, riches de bois précieux et de mines d'or et d'argent. Le commerce prit un rapide essor, la condition des fortunes changea, car jusqu'alors la terre avait été la seule richesse.