Qui par sa volonté, d'un mot, peuple le vide.
Et qui règne sur l'Univers, &c.
Smart mourut en 1770. Il traduisit les psaumes, Phèdre, et Horace en prose. Ses poèmes furent publiés en 1791. Garrick et Johnson l'honorèrent de leur amitié, et ce dernier écrivit sa biographie. Tantum est in rebus inane!
Peut-être que si Smart, malgré ses accès de folie, eût été laissé en liberté, comme Edme Billard, dont le public Parisien s'amusait, à peu près vers la même époque, et dont nous dirons quelques mots, peut-être qu'il serait mort aussi tranquillement.
Edme Billard se croyait un génie incompris. Un jour, il se lève à l'orchestre du Théâtre Français, apostrophe le parterre, en leur racontant ses griefs contre les Comédiens, les supplia de faire jouer de force sa comédie du Suborneur, et fut conduit à Charenton. On a de lui quatre pièces: Le joyeux moribond, Genève, 1779; Voltaire apprécié, sans date; Le Pleureur malgré lui, sans date; Le Suborneur, en cinq actes, Amsterdam et Paris, 1782.
La seconde et la troisième de ces pièces ne sont pas indiquées par Quérard. Dans le Pleureur malgré lui, les personnages sont M. Parterre, Mme Loge, et M. Balcon.
Quoiqu'évidemment sorties d'un cerveau malade, ces pièces ne manquent pas d'une certaine gaîté, qui nous empêche de compatir aussi vivement à cette sorte de folie, qu'à celle de l'infortuné dont nous allons nous occuper.
Thomas Lloyd se persuadait qu'il était le plus sublime poète qui eut existé. Les annales d'aucune maison d'aliénés ne présentent peut-être un mélange plus hétérogène que celui-ci, de malice, d'orgueil, de talent, de mensonge, de vils défauts et de grandes qualités.[13]
[13] Dans les Sketches in Bedlam, or Characteristic Traits of Insanity,—London, Sherwood, 1823, in 8o pp. 30 et suiv.,—on trouve des détails sur lui et d'autres fous singuliers.
Dès qu'il pouvait se procurer un morceau de papier, il se mettait à composer des vers. Mais comme généralement ils ne lui plaisaient pas, il les jetait dans sa boisson, pour les nettoyer, disait-il. Tout ce qu'il a mis dans ses poches, ou tout ce qu'il trouve sous la main, sa manie est de le mêler ainsi à ce qu'on lui donne à manger et à boire: petits cailloux, tabac, morceaux de cuir, os, charbons, sont jetés dans son potage, et cela d'après un procédé scientifique, à ce qu'il prétend. Le cuir le clarifie, les cailloux le purifie, le charbon le minéralise; telle chose y ajoute un acide agréable, telle autre, un alkali utile, et ainsi de suite. Si l'on n'y prend pas garde, il avale le tout, avec le goût d'un Apicius.