A la même époque environ, au commencement de ce siècle, la république des lettres fut surprise d'apprendre l'apparition d'un nouveau poète, simple paysan du Northamptonshire, dont la gloire était annoncée par des juges d'ordinaire très sévères, et peu livrés à l'enthousiasme du moment. Après une longue attente, et bien des délais, John Clare parvint enfin à faire publier ses vers à Londres vers 1825. Ce recueil prouva que John Clare était un poète original. La lutte visible entre la pensée et l'expression pour la représenter, amenait souvent un résultat d'une beauté inattendue. De riches et puissants protecteurs l'aidèrent momentanément, mais l'inconstance du public, et des difficultés d'argent, exercèrent une influence si fatale sur le pauvre John Clare, que sa raison l'abandonna. Des amis qui allèrent le voir il y a peu d'années, disent que sa folie était douce et tranquille. Mme Mary Russell Mitford, dans ses Mémoires, nous apprend qu'elle possède quelques pièces de ses vers, écrites au crayon, qui prouvent qu'il avait gardé tout son talent pour la facture du vers et pour le rythme.

Sa mémoire était si vive et si tenace qu'il s'assimilait absolument à ce qu'il avait lu, ou ce qu'il entendait raconter.

Il dépeignait par exemple l'exécution du Roi Charles I. comme un événement arrivé hier, et dont il prétendait avoir été un témoin oculaire. Tout était représenté avec une fidélité si parfaite et si graphique quant aux costumes et aux usages du temps, qu'il est probable qu'il n'eût pu raconter le fait aussi bien, lorsqu'il possédait toute sa raison. C'est une pareille lucidité que les partisans du magnétisme animal qualifie de Clairvoyance.

Clare vous racontait de la même manière la bataille du Nil et la mort de Nelson, s'imaginant qu'il était un des matelots témoins de l'action. Il y avait une admirable exactitude dans ses termes nautiques, quoiqu'il est probable qu'il n'avait jamais vu la mer de sa vie.

Un fou d'un autre genre, Olivier Ferrand, mort à Rouen en 1809, composa un nombre considérable de pièces de théâtre qui par le style et la conception sont de véritables parodies. Un amour propre excessif lui bouleversa le cerveau, à en juger par l'inscription placée sous son portrait dans: Les Muses éplorées, ou Gilles régisseur du Parnasse, pour servir d'apothéose au célèbre Ferrand. An IX. in 8o.

Sept villes de la Grèce ont disputé l'honneur

D'avoir donné la lumière

Au chantre d'Ilion. Et du nouveau Voltaire,

Du célèbre Ferrand et la Bouille et Honfleur

Et le Havre et Rouen, veulent être la mère.