—Pardon, messire, dit-elle, je crois avoir mal entendu. Vous disiez...

—Que toutes les grâces, toutes les faveurs, tous les édits qu'il est en mon pouvoir de rendre ou d'accorder, je les tiens aux pieds de Votre Altesse, si elle daigne abaisser sur son indigne serviteur un regard de ces beaux yeux qui inspirent et créent les génies!

Marguerite de Valois se leva de son siège avec une grande dignité:

—Cette fois, messire, je crois avoir suffisamment entendu et compris... J'ai ouï parler dans les romans et les fabliaux de propositions pareilles, faites à des esclaves ou à des femmes d'humble condition, par des juges prévaricateurs, par des ministres sans foi; jamais encore je n'avais cru qu'on eût osé les adresser à la sœur d'un grand monarque!...

A quel degré d'abaissement ou de misère me croyez-vous donc tombée, pour oser me tenir ce langage!... Je ne sais quels privilèges vous abandonne la faiblesse de ma mère, mais n'oubliez pas à l'avenir que Marguerite de Valois, la veuve du duc d'Alençon, aura toujours assez d'indépendance et de courage pour réprimer toute velléité blessante, toute atteinte à son honneur.

Et d'un geste superbe elle lui montra la porte.

Il se décida à quitter le siège sur lequel il était resté, mais avant de sortir:

—Votre Altesse, dit-il, frémissant d'une rage intérieure et appuyant sur ses paroles comme sur des stylets, Votre Altesse n'est peut-être aussi sévère à mon égard qu'en raison de la promesse qu'elle a reçue de madame la duchesse d'Angoulême, et contre laquelle elle a engagé aveuglément sa foi...

—Qui a dit cela?... s'écria Marguerite; ce qui s'est passé entre ma mère et moi est chose ignorée de tout le monde!...

—Oh! j'en sais bien davantage encore... Ce plan auquel vous avez souscrit, que vous ne connaissez pas, vous plaît-il que je vous le dévoile et vous l'explique?