—Que souhaitez-vous?
—Vous croyez, n'est-ce pas, comme tout esprit sensé, à une autre vie, à la perpetuité de l'essence qui vous anime?
—Qui n'y croit pas? répondit-elle en écoutant avidement, car ce début ressemblait aux propres discours que lui avait tenus Jacobus de Pavanes dans leur dernière entrevue.
Évidemment, une femme du grand monde, comme vous paraissez être, comme votre horoscope dit que vous êtes, a peu le loisir de s'occuper de ces matières abstraites; mais puisque vous avez eu la hardiesse de pénétrer dans l'antre de la science, laissez-moi vous interroger en son nom.
Beaucoup de faux prophètes et de faux savants prétendent chercher l'avenir dans les rêves. Les rêves tiennent à une seconde vie, c'est vrai; mais ce n'est pas à une vie future, c'est à une vie passée. Ne vous rappelez-vous point en avoir fait quelquefois qui semblaient vous reporter à une autre période d'une existence dont vous ne retrouviez plus la trace étant éveillée, et que cependant, tant que durait la torpeur de votre esprit et de vos sens, vous auriez juré avoir traversée déjà?
De grâce, écoutez-moi, madame, si abstraites que ces idées vous semblent. Le rêve n'est pas, je vous le répète, une anticipation sur l'avenir. Il nous représente deux périodes de notre existence: la période actuelle, quand il nous retrace les incidents récents qui nous ont vivement impressionnés; la période antérieure, quand il nous offre l'image d'épisodes, de sensations que nous reconnaissons, que nous tenons pour aussi vraies que les premières tant qu'il dure, et qui nous étonnent parfois encore quand il est dissipé. Car nous jurerions, en rentrant en nous-mêmes, que nous les avons réellement éprouvées à une époque, dans des conditions qui nous échappent.
—C'est vrai, j'ai ressenti cela; il y a des instants où nous nous souvenons de choses qui ne nous sont jamais arrivées, répondit la jeune femme, attirée au plus haut point par ces distinctions. Je comprends votre théorie, c'est celle qui admet la migration, la transmission des âmes...
—Vous avez dit le mot! s'écria le vieillard, au comble de la surprise; mais l'avez-vous trouvé de vous-même, ou quelqu'un vous l'a-t-il enseigné?
—Je répondrai plus tard à votre question, mon père. Poursuivons d'abord le sujet qui nous occupe.
—C'est que, reprit-il, ce rapprochement de nos deux étoiles dans une conjoncture néfaste s'expliquerait peut-être par un rapprochement de nos esprits dans une existence antérieure; sinon, il me faut répondre à la demande que vous me faites de votre horoscope, que nos destinées se coudoient, et qu'elles sont funestes toutes deux...