—En effet, madame, et sur son invitation, j'ai commencé pour elle certaines opérations cabalistiques que je lui ai juré de ne confier à personne.
—Un envoûtement!
—Vous le saviez?...
—Ma mère voulait m'associer à cette entreprise; mais de telles pratiques, je le dis à vous-même, répugnent à ma conscience.
L'alchismiste comprit que ce n'était pas le moment d'entreprendre la réhabilitation de son art aux yeux de la princesse. Il ne le tenta donc pas, et entrant dans sa pensée:
—Durant l'entretien qu'elle m'a accordé, j'ai été vingt fois sur le point d'interrompre mes calculs pour me jeter aux pieds de Son Altesse et implorer sa protection. Chaque fois que j'allais le faire, quelque chose de dur, de funeste dans son regard, dans son maintien, glaçait ma parole; il fallait commencer par lui révéler qui j'étais, et je n'osais; je craignais de compromettre à la fois la confiance qu'elle m'accordait comme physicien et ma propre liberté, qui peut être utile à ramener celle de mon fils.
Je ne l'eusse pas quittée cependant sans risquer cet aveu, mais quelqu'un, le grand chancelier, s'est fait annoncer. Madame la régente m'a renvoyé alors par une porte de service, tandis qu'il s'avançait d'un autre côté. Je ne suis parti qu'en me jurant bien de surmonter tous mes scrupules dans l'entrevue prochaine, où je lui rendrai compte de mon opération.
—Le hasard et vos pressentiments vous ont bien servi, mon père.
—Comment, madame la régente?...
—Ma mère ne peut rien pour votre fils, et vos aveux étaient pleins de dangers. Croyez-en ma parole.