—Lesquels, madame?

—Ceux du grand chancelier Antoine Duprat.

—Le bourreau de mon fils!... Oh! si cela est vrai, ce n'est pas d'une goutte, c'est de tout son sang qu'il faudrait pétrir cette image!

—Cet homme, vous le voyez, est l'ennemi de ma mère, mais il est aussi son tyran. Un logicien, un savant tel que vous, possède tout ce qu'il faut pour imposer sa volonté, pour exercer un prestige irrésistible sur ceux qui le consultent ayant déjà foi en lui... Voici donc ce que vous ferez:

La première fois que vous verrez la régente, faites-lui comprendre qu'en dressant vos calculs pour accomplir ses vues, vous avez découvert qu'il existait, entre elle et l'homme qu'il s'agit d'envoûter, une liaison, une affinité, quelque chose comme un pacte qui recule et traverse vos combinaisons.

Bref, insistez, pressez-la sur ce chapitre, et si nous devenons maîtres de ce secret, à notre tour, j'en ai l'espoir, nous imposerons nos volontés au premier ministre.

—J'ai compris, répondit l'alchimiste. A présent, pouvons-nous partir?

—Non, pas avant que vous m'ayez remis, à moi, ce que vous devez livrer demain au bouffon de la cour.

—Ce philtre et ce poison?... demanda le vieillard, la regardant avec stupeur.

—Ce philtre et ce poison... Il faut bien combattre les gens à armes égales. Nos ennemis voulaient s'en servir pour un double attentat; qui sait? Nous en ferons peut-être usage pour une bonne action.