Ainsi donc, une chaîne sanglante rivait la régente au chancelier; mais il eût fallu peu connaître le caractère altier, implacable de cette princesse, pour ne pas comprendre que, sous les concessions qu'elle faisait une à une, son redoutable complice couvait une sourde vengeance.
Pour se récupérer de l'influence de la comtesse de Châteaubriand et de Lautrec sur l'esprit du roi, la régente n'avait pas hésité un instant à sacrifier notre armée et notre territoire italien. Opiniâtre en ses desseins, elle nourrissait habilement celui de faire détrôner la comtesse dans les faveurs royales par cette petite d'Heilly, sa créature et sa fille d'adoption.
Elle avait immolé notre gloire séculaire à sa haine contre le connétable de Bourbon, en réduisant par ses injustices et ses vexations ce vaillant homme à offrir son épée à l'ennemi de la France. Patrie, honneur, dignité, conscience, elle ne tenait compte de rien quand il s'agissait d'assouvir son ambition ou de satisfaire ses passions perverses.
Ils n'étaient pas moins pressés de s'éloigner.
Était-il présumable qu'elle épargnât longtemps l'homme qui lui faisait maintenant obstacle?
A travers ses palinodies de religion, une chose n'avait pas changé chez elle: c'étaient ses idées superstitieuses, son faible pour les œuvres de cabale. La science réelle de son nouveau docteur et l'adresse qu'il avait déployée dans ces dernières circonstances, lui avaient assuré la confiance qu'elle avait retirée au trop consciencieux Corneille Agrippa, l'un des hommes les plus éclairés de son temps.
Ce jour-là, elle avait mandé l'alchimiste pour connaître l'état de son opération capitale; car il lui avait, à leur dernière entrevue, promis de frapper un grand coup.
C'était à l'entrée de la nuit.
On l'introduisit discrètement dans son oratoire où elle ne se faisait aucun scrupule de se livrer également à ses dévotions et à ses projets homicides.