De toutes les croisées intérieures du Louvre, une seule, donnant sur un étroit jardin placé à l'angle du pavillon de l'Horloge et de celui qui fait retour sur la ligne de la rivière, autrement dit pavillon de l'Infante, une seule laissait apparaître une lueur tamisée par le coloriage de ses vitraux.

Encore fallait-il être bien au fait des localités pour s'en apercevoir, car un arbre énorme, que l'on pouvait considérer comme un spécimen séculaire de ceux qui naguère formaient en ce lieu une forêt épaisse, se dressait précisément devant cette fenêtre, dont ses branches vigoureuses joignaient les rinceaux.

Il était une heure tout à fait exceptionnelle, minuit ou bien près, et pour que quelqu'un veillât encore, il fallait qu'il fût captivé par un motif pressant.

On devait croire les parterres et les cours bien déserts, et nul bruit ne venait en effet y trahir la présence d'un être vivant.

Cependant quelque chose, nous n'osons dire quelqu'un, avait passé et repassé à plusieurs reprises sous cette croisée, s'était arrêté au pied du grand arbre, et avait poussé un soupir ou un respir qui s'était confondu dans le frôlement plaintif du feuillage contre le mur de pierre.

Quel était cet être? Un djinn sans doute, un de ces génies inconnus et redoutés, qui rôdent la nuit autour des demeures humaines pour y introduire le malheur.

Si les esprits des ténèbres dormaient, que resterait-il pour peupler les nuits?...

Celui-ci semblait attiré invinciblement par cette fenêtre, luisant en manière de phare, comme les chauves-souris et les phalènes le sont par la lumière.

Il allait, il venait, et plus il répétait ce manège, plus ses stations au pied de l'arbre se prolongeaient, plus les soulas de sa poitrine étaient gros d'orages ou de chagrins.

Cette croisée éclairée le fascinait, lui donnait le vertige; si bien qu'il finit par cesser sa promenade, resta immobile contre l'arbre, et sembla prendre racine dans ses racines.