Michel fit sauter un bouchon et remplit jusqu'au bord les gobelets, puis tendant le sien pour trinquer:

—A nos santés, maître Triboulet!...

—A notre festoiement perpétuel en ce monde et en l'autre!

Et le bouffon choqua son gobelet contre celui de l'intendant, mais sans se presser de boire.

Il n'y a que les empoisonneurs pour vivre sous la peur continuelle du poison.

Michel Gerbier ne fit pas mine de voir cette hésitation, il engloutit son vin en deux gorgées.

Triboulet, gagné et rassuré par son exemple, le suivit de près.

L'éloge du liquide et celui des mets se succédèrent dès lors sans interruption, au milieu des rasades et des meilleurs morceaux.

Le bouffon n'attendait plus qu'on lui versât, il allait au-devant des fioles. Il buvait, buvait, buvait, non pas en joyeux viveur, car, malgré ses efforts, il ne trouvait pas un lazzi pour payer l'hospitalité de son compagnon; une insurmontable humeur noire éteignait ses intentions de gaieté; il buvait en homme qui cherche à s'étourdir.

Mais, loin de remplir ce but, le vin ne servait qu'à compliquer la tempête et le tumulte qui grondaient en son cerveau.