L'inquisition!... Duprat n'en imposait pas, c'était bien le cadeau que, du fond de sa captivité lointaine, et pour le prix des sympathies dont il était l'objet, François Ier faisait à son royaume.

La Sorbonne ne suffisait pas au zèle du chancelier, il lui fallait un tribunal spécial entièrement composé de ses créatures.

Ce fut d'abord aux livres et aux auteurs que l'on s'en prit, l'arrestation et le crime réel de Jacobus de Pavanes en donnent l'explication; le ministre avait à se venger du jeune lettré.

Antoine Duprat triomphait.

La nuit sanglante à laquelle nous assistions dans le chapitre précédent, ne cédait la place qu'à une œuvre encore plus sanglante.

Le jour le surprit présidant le conclave de ses nouveaux séides, leur délivrant leur charte, et préludant par ses instructions aux violences dont nous venons de donner une faible peinture.

Tous les luthériens étaient à ses yeux des Jacobus de Pavanes; afin de frapper celui-ci, il voulait les frapper en masse. Des aspirations sanguinaires rugissaient en lui, et il espérait les assouvir, comme si le sang n'appelait pas le sang, et comme si la hyène est jamais repue de cadavres.

Atteindre cette secte audacieuse et maudite, c'était d'ailleurs frapper du même coup Marguerite dans son affection de femme, dans sa foi de chrétienne. C'était s'attaquer à son cœur et à sa conscience, ces deux forteresses inaccessibles à sa passion et à son fanatisme.

Ah! c'était un grand calculateur, que ce grand misérable!

Une pensée importune ne laissait pas, au milieu de son conclave de jacobins inquisiteurs, de lui revenir sans cesse, comme ces aiguillons douloureux qui sont restés dans une plaie. Qu'était devenue la princesse? Que faisait-elle à cette heure?