Un spectacle inattendu s'offrit à ses regards.

Michel Gerbier, entouré de serviteurs de la maison de madame Marguerite, présidait à un grand mouvement. Il y avait là une litière de voyage attelée de deux mules, dans laquelle on disposait des objets indiquant un départ immédiat, et d'autres mules sur lesquelles les pages et les varlets assujettissaient des bagages.

Tout ce monde, très-affairé, s'agitait dans un va-et-vient précipité, mais plein de circonspection, et prenait soin d'échanger ses observations à voix basse.

Le reste du palais paraissait dormir encore. Les rideaux des appartements de la duchesse d'Angoulême étaient clos, et rien ne trahissait la séance qui tenait le premier ministre debout dans son cabinet de travail.

Quelqu'un allait partir, quelqu'un de conséquence, assurément. Mais qui donc? Mais pourquoi ces préparatifs si soudains?

La réponse ne tarda pas. Une jeune femme en costume de voyage se montra sur le perron et vint parler au majordome. C'était Hélène de Tournon; elle paraissait précéder et attendre une personne, ce ne pouvait être que sa maîtresse.

Triboulet comprit le reste, et quitta précipitamment son observatoire.

C'était en effet Marguerite de Valois qui partait, et cette résolution n'avait pas été longue à germer en elle.

A peine le chancelier s'était-il éloigné avec ses soldats, entraînant le chevalier de Pavanes, et la laissant abimée dans sa fatalité, qu'un homme était sorti de la porte de chêne pour lui prêter son assistance.

C'était l'ancien guichetier, dont l'habileté avait tiré le captif de sa cellule et l'avait amené jusqu'au port, où il venait d'échouer. Cet homme avait craint de paraître devant Duprat; mais, plus compatissant que lui, il ne voulait pas laisser une pauvre femme sans secours en un pareil lieu, dans un tel moment.