De ce côté donc, si les choses éprouvaient d'insurmontables lenteurs, elles n'offraient du moins que des symptômes satisfaisants.

En était-il de même au Louvre?

La régente avait éprouvé un vif chagrin du départ subit de sa fille, et surtout du secret observé vis-à-vis d'elle.

Elle ne se dissimulait pas ses torts, son manque de foi; elle comprenait que Marguerite eût voulu recourir à la seule ressource qui lui demeurât, la tendresse de son frère. Et cependant, elle la taxait d'ingratitude, pour n'avoir pas compris qu'elle-même était victime d'une tyrannie détestée, et persécutée par un ennemi commun.

Apprenant que Michel Gerbier était resté à Paris, et se doutant bien que c'était pour maintenir et représenter les intérêts de sa maîtresse, elle le fit venir, afin de s'entendre avec lui sur les messagers à envoyer à Madrid, et sur les moyens de servir et de renseigner la duchesse d'Alençon.

Le vieillard accepta ces offres, qui avaient leur importance, tout en se réservant de ne se confier que dans des limites fort circonspectes, à une princesse dont le bon vouloir avait lui-même des bornes si funestes.

Quant à Duprat, on pense comment il accueillit son confident, lui annonçant, quand depuis une heure c'était chose accomplie, le dessein de la sœur du roi de partir rejoindre son frère.

Mais Triboulet reçut les reproches, les injures avec une résignation parfaite. Il s'excusa humblement de son retard, ainsi que de son absence involontaire aux événements de la nuit, récriminant fort contre le piège que lui avait tendu le majordome, mais se gardant bien, on doit le croire, de se vanter de celui qu'il avait préalablement tendu à la princesse.

A cette confidence astucieuse, le front du chancelier s'obscurcit.

—Oui, murmura-t-il, ce majordome, ce conseiller se mêle trop des affaires de sa maîtresse... C'est décidément un homme dangereux. Je gagerais qu'il a charge d'espionner mes actions, pour en instruire le roi par le canal de madame Marguerite...