Les persécutions organisées en France par Antoine Duprat, signalèrent à coup sûr une de nos périodes critiques. Ce qu'il y avait d'honorable, d'intelligent dans le haut clergé, au sein même de la Sorbonne et du Parlement, gémissait de ses excès, mais l'inflexible et haineux chancelier ne se ralentissait pas.
Le catalogue des peines destinées aux novateurs occupait les plus chers de ses instants. Entouré de ses assesseurs, il aimait à préluder par cette rédaction au supplice de ses ennemis.
Nous pénétrerons une après-dînée dans sa chambre, où, plus tranquille encore que dans son cabinet de travail, il s'entretenait avec frère Roma et quelques autres membres du tribunal de la foi.
A en juger par sa physionomie, une question d'une gravité toute particulière s'agitait entre eux. Les inquisiteurs parlaient beaucoup, entremêlant leurs discours de citation de la Bible et des Pères.
Frère Roma faisait exception néanmoins; ainsi que les grands capitaines qui se réservent pour assurer la victoire par un coup décisif, il écoutait et observait.
Quant à Duprat, il se bornait à des interjections rapides, à quelques mots secs et saccadés. Il est vraisemblable qu'il consultait son entourage pour la forme, sur un point nettement arrêté dans sa tête.
Mais ce n'était pas une affaire de minime importance, car en la roulant sous sa volonté inflexible, il éprouvait d'involontaires frissons, et parfois son œil fixe s'arrêtait sans rien voir sur l'endroit le plus obscur de l'appartement.
Alors, les pommettes de ses joues se couvraient d'une ardeur empourprée, ses lèvres se desséchaient, et la fièvre précipitait les battements de sa poitrine.
De quoi s'agissait-il donc? D'inaugurer l'application de la peine capitale aux novateurs.
Jusque-là, nous l'avons indiqué, on s'était tenu dans les limites des autres châtiments; châtiments terribles, et dignes d'une époque encore barbare, tels que celui infligé à Jean Leclerc et à ses complices.