A cette réflexion, un sourire triomphant passa sur les traits de dom Roma.

—La chambre ardente, répliqua-t-il, est instituée pour décréter la peine du bûcher, elle ne faillira pas à sa tâche, le zèle connu de ses membres en est un sûr garant. Mais le bûcher tout d'un coup, en une seule fois, c'est bientôt fait pour un crime commis avec préméditation, récidive et scandale. Décapiter ou pendre le condamné, puis le brûler quand il n'est plus en état de ressentir le tourment du feu, c'était digne des anciens temps, des âges barbares...

Je soumets à la sagesse du conseil un procédé nouveau.

Chacun redoubla d'intérêt.

—Nous possédons, dans l'arsenal de nos lois, un supplice qu'on nomme l'estrapade. Il consiste à attacher le coupable sous les épaules, à le hisser à une potence par une poulie, et à le laisser retomber sur la terre un nombre limité de fois, ou jusqu'à ce que mort s'en suive.

Eh bien, vénérés seigneurs, appliquons l'estrapade en même temps que le feu. Une potence sera dressée à côté du bûcher, on y attachera le condamné suivant la pratique habituelle, puis, quand la flamme sera suffisamment ardente, au moyen de la corde et de la poulie, on le laissera retomber non sur la terre, mais sur le foyer, autant de fois qu'il sera nécessaire, jusqu'à ce qu'il ait rendu à Satanas son âme maudite.

Nous prions le lecteur, si quelque doute lui venait à l'esprit sur l'exactitude de ce monstrueux exposé, de se reporter à l'histoire, qui malheureusement entre dans bien d'autres détails (Sauval, Dulaure, etc.)

Démocharés et ses assesseurs regardèrent frère Roma avec envie et admiration. Antoine Duprat se leva de son siège et alla lui serrer les mains.

Le nouveau supplice fut adopté à l'unanimité.

Puis, le chancelier, s'excusant sur l'abondance de ses travaux, qui lui causaient une lassitude inaccoutumée, déclara la séance terminée.