—Je crois comprendre, sire. Mais la princesse Marguerite, dont la prévoyance aurait pu éveiller les soupçons d'un prince moins magnanime que Votre Majesté, la princesse n'est entrée en Espagne que sur un sauf-conduit...

—Que nous avons eu soin de restreindre à un délai fort court.

—Qui est expiré!... exclama le duc, saisissant déjà avec une infâme satisfaction l'idée de la captivité de la duchesse d'Alençon.

—Qui expire dans quelques jours, reprit l'empereur.

—Ah! fit le duc avec regret, dans quelques jours seulement?...

—Mais, insinua Charles de son accent le plus perfide, comme nous sommes un ennemi généreux, nous nous garderons que rien rappelle ce terme à la princesse qui daigne nous visiter. Nous voulons, au contraire, que les fêtes, les distractions se multiplient autour d'elle, l'enivrent et ne lui laissent pas le loisir de respirer.

—Je recommence à comprendre.

—Sur Dieu! la chose est claire; nous tenons à lui laisser un grand souvenir de l'hospitalité castillane; après cela, ce ne sera pas notre faute si elle oublie que tous les armistices ont une fin, et que cette échéance venue, les princes de France doivent se tenir sur leur territoire, sous peine de demeurer plus qu'ils ne souhaiteraient sur celui d'autrui... Ne vous inquiétez donc de rien, cher duc; si mes gentilshommes fêtent la princesse Marguerite, c'est pour me complaire.

—Oh! Votre Majesté est l'intelligence la plus profonde!... Mais ne daignera-t-elle rien me répondre touchant cette affaire de Portugal?...

—Par Dieu! vous êtes d'une hâte!... vous voudriez tout faire en un jour!...