—Maudits sont ceux qui disposent de la vie d'autrui, mais également maudit celui qui dispose de la sienne... Fût-ce l'enfer, j'attendrai mon heure!...

«Mais c'est trop parler de moi... Maître, d'elle, n'avez-vous rien à me dire?

—Oh! sans doute, car elle serait près de vous, comme nous y sommes, si l'espoir de vous sauver ne la retenait au loin, à Madrid, où elle est allée chercher votre grâce.

—Elle a fait cela!... Chère et révérée dame!...

Le condamné, si calme et si ferme jusqu'alors, laissa couler de grosses larmes, puis, cet épanchement passé:

—Vous la reverrez, vous, mes derniers consolateurs, chargez-vous donc de lui transmettre mes paroles suprêmes.

—Je les lui porterai moi-même, mot pour mot, dit Gerbier.

—Eh bien, elle saura comprendre ceci: Qu'elle se rappelle les enseignements de mon père... La vie des âmes n'est pas un vain mot; et je meurs tranquille, soutenu par la foi qu'il arrivera un jour, fût-ce dans un ou plusieurs siècles, je le lui ai dit moi-même, où nos esprits se rencontreront avec plus de bonheur. S'il nous est accordé alors, par l'intuition des sympathies, de nous rappeler cette phase de notre existence passée, qu'il en reste un gage matériel.

Maître, j'ai là, passé sous mon pourpoint, un talisman confectionné par mon père, le savant alchimiste. Prenez-le, je vous prie, et remettez-le à madame Marguerite...

Le vieillard obéit. C'était un bijou de métal précieux, où deux cœurs étaient figurés enlacés dans une formule astrologique.