—Sans doute; mais souviens-toi que pour ce motif même il faut ménager nos rapports avec lui. C'est un affidé précieux; il vaut mieux qu'il nous serve sous le manteau qu'au grand jour.
—C'était assez clairement dire qu'il fallait réserver le sieur de Boisenval pour le rôle d'espion ou d'agent provocateur. Le franciscain n'eut garde de blâmer cette honnête tactique, et promit au contraire de s'y conformer avec zèle.
—Plus qu'un mot: cet homme sait-il où il est et pourquoi on le mande?
—Boisenval s'est présenté, muni de la lettre que j'écrivais confidentiellement au supérieur de la communauté, à Amiens, pour le prier de m'envoyer ce jeune frère. Le supérieur, avec une déférence dont nous lui tiendrons compte, et sans élever une objection, l'a fait venir et lui a donné l'ordre de suivre ce gentilhomme partout où il lui plairait de le conduire. Il s'est incliné, a demandé la bénédiction de son chef, et s'est remis à la discrétion de notre messager avec une docilité évangélique.
—C'est étrange... murmura Richelieu, qui semblait se consulter lui-même.
Puis ayant vaincu une mystérieuse réticence:
—Allons, conduis-moi! dit-il en indiquant la petite porte d'un escalier dérobé, qui plongeait jusqu'aux souterrains du Louvre à travers tous les étages.
II
LE VISIONNAIRE.
Le cardinal et le franciscain descendirent jusqu'aux salles basses du palais. C'étaient des locaux qui, dans l'origine, formaient le rez-de-chaussée. Les remblais et l'exhaussement successif du sol de la cour carrée et des jardins intérieurs, d'une part, la construction de quais et de défenses contre les débordements de la rivière, de l'autre, les avaient réduits à l'état de souterrains.
Au-dessous, cependant, régnaient encore les anciens caveaux, grottes obscures, disposés en compartiments sinistres, à la suite de la destruction de la Grosse-Tour, pour en remplacer les cachots et les fosses.