—Remerciez-en pour moi ces amis généreux, et recevez-en vous-même l'assurance de ma gratitude. S'il faut vous avouer la vérité, c'est là mon faible, comme celui de bien d'autres; les encouragements me soutiennent, m'élèvent, m'animent,—mais les encouragements ne sont pas ce que maître Duchesne me prodigue le plus.
—Oh! ceci n'a rien qui m'étonne; sa réputation est établie, ses confrères ne sont pas comme les vôtres, des amis, des camarades; il n'a jamais vu en eux que des rivaux.
—Si la chose est exacte, fit doucement Philippe sans la démentir, il faut le plaindre; l'amour-propre poussé à ce point est plus qu'un défaut, c'est un malheur pour celui-là même qui en est obsédé.
—En ce cas, je vous le garantis, maître Duchesne doit être fort malheureux. D'excellents connaisseurs mettent son mérite en doute, et, dans sa propre famille, on apprécie mieux qu'il ne le fait certains peintres dont il cherche à rabaisser les qualités.
—Vous m'excuserez, mademoiselle, fit en souriant le jeune homme, maître Duchesne est mon professeur; ce n'est pas à moi à partager les griefs de ses adversaires, surtout au moment où je me verrai peut-être forcé de renoncer à ses leçons.
—Certes, vous pouvez vous en passer.
—Ce n'est pas là ce que je veux dire; j'aurai longtemps encore besoin de maîtres, mais il est possible que j'aille les chercher en Italie.
—Un voyage qui ne me souriait guère, je l'avoue, mais qui peut devenir indispensable.
—Vous partiriez!... Rien ne vous attache donc à la France? L'art exerce-t-il sur vous une influence si impérieuse?